Œdipe

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  • Publié le : 25 avril 2010
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Cette étude sur Œdipe Roi de Sophocle a été réalisée par
Mme Christabel GRARE, IA-IPR de Lettres

Le texte de référence d'Oedipe-Roi est l'édition bilingue des oeu¬vres de Sophocle parue aux Belles Lettres en 1965, avec la traduction de Paul Mazon. La numérotation des vers permet toujours de repérer clairement les extraits, dans toutes les autres éditions. Lestraduc¬tions de Robert Pignarre chez Garnier Flammarion (1964) et de Jean Grosjean dans la collection La Pléiade chez Gallimard (1967) ont également été consultées. Certains extraits ont été retraduits. Ils sont signalés par des crochets.
Les notes et la bibliographie ont été placées en fin d’étude.

PREMIERE PARTIE

I - LE CHŒURLe choeur dans la tragédie grecque

- Le cadre historique

Le choeur, dont l'existence remonte aux origines mêmes des re¬présentations dramatiques, est un élément essentiel de la tragédie grecque, que celle-ci soit issue de rituels funéraires (1), de cultes dionysiaques (2) ou du dithyrambe (3), elle s'est constituée à partir du moment où a été introduit un personnage distinct (lechef de choeur ou coryphée, sans doute l'auteur lui-même), donnant la réplique au choeur par des vers non chantés. C'est à Thespis, dramaturge grec contemporain du tyran Pisistrate, dont les oeuvres théâtrales ont été perdues, qu'est attribuée cette innovation : il aurait ainsi fait repré¬senter la première tragédie vers 535 à Athènes, à l'occasion de la fête des Grandes Dionysies (4). Vers 510Phrynicos inventa le premier acteur ou protagoniste : masqué comme les choristes, il pouvait jouer plusieurs rôles. Puis, au Vè siècle, Eschyle institua le deuxième ac¬teur ou deutéragoniste, et Sophocle le troisième ou tritagoniste :

« Eschyle le premier porta de un à deux le nombre des ac¬teurs, diminua l'importance du choeur et donna le premier rôle au dialogue ; Sophocle porta le nombre desacteurs à trois et fit peindre la scène ».
Aristote, Poétique, 1449 a, Paris, Les Belles Lettres, 1932, pp. 34-35.

La tragédie atteignit rapidement son apogée. Athènes connaissait alors la période la plus brillante de son histoire : les guerres médi¬ques lui avaient permis d'asseoir son hégémonie sur les autres cités grecques et d'être à la tête de la ligue de Délos (477) ; les réformespolitiques de Clisthène et d'Ephialtès avaient contribué à instaurer un régime de démocratie directe ; Périclès (5) avait poursuivi leur action (entre 460 et 429), renforcé la puissance athénienne et il s'était mis à embellir la cité de nombreux temples et monuments. Les Gran¬des Dionysies attiraient désormais d'immenses foules venues « de tous les horizons où l'on parlait le grec » (Baldry, Le théâtretragique des Grecs, Paris, Maspéro-La Découverte, 1975, p. 34).
C'est dans le cadre de compétitions clôturant les fêtes en l'hon¬neur de Dionysos, Lénéennes et surtout Grandes Dionysies, qu'avaient lieu les représentations théâtrales. Leur organisation, qui prenait plusieurs mois, met en lumière le rôle essentiel que jouait primitivement le choeur. Dès son installation, en effet, l'archonteépo¬nyme (7) nommait les chorèges « au nombre de trois qu'il (prenait) parmi tous les Athéniens et les plus riches » (Aristote, Constitution d'Athènes, LVI-3). Les citoyens désignés devaient recruter et entre¬tenir les choreutes (membres du choeur) - douze, puis quinze -, ainsi que l'aulète (joueur de flûte) qui les accompagnait. Ils étaient également chargés de payer les costumes, le local pour lesrépéti¬tions, la réception finale et plus généralement tous les frais qu'en¬traînait cette liturgie (obligation de service public). Les choeurs étaient attribués par l'archonte aux trois poètes dont il avait retenu la candidature. D'abord entraînés et dirigés par les auteurs eux-mê¬mes, ils ont été confiés vers la fin du Vè siècle à des chefs de choeur professionnels (8).
Les prix, qui...