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« La souffrance rédemptrice  : légitimation ou subversion religieuse de la violence ? » Jean-Guy Nadeau
Théologiques, vol. 13, n° 2, 2005, p. 5-19.

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Théologiques 13/2 (2005) p. 5-20

LIMINAIRE

La souffrance rédemptrice : légitimation ou subversionreligieuse de la violence ?
Jean-Guy NADEAU Faculté de théologie et de sciences des religions Université de Montréal

La modernité avait cru mettre fin à la légitimation religieuse de la violence. Mais voici que le nom de Dieu est toujours pris à témoin par les puissants comme par les impuissants de ce monde, légitimant par exemple le recours à la violence dans la résolution des conflitsinternationaux. La plupart du temps, les leaders des grandes religions rejettent ces légitimations, arguant par exemple de la place centrale de l’amour, de la paix ou de la compassion dans leurs textes fondateurs. Et pourtant, la violence n’est pas exclue de ces récits fondateurs où elle occupe même une place majeure, comme le montrent les actes de divinités — y compris dans la Bible et la traditionchrétienne — qui n’hésitent pas à user de la violence pour parvenir à leurs fins. Or, la violence implique la souffrance de ceux et celles qui en sont l’objet, et cela trop souvent comme victimes innocentes, victimes dont la figure de Jésus crucifié constitue en christianisme l’icône par excellence. Le christianisme, en effet, affirme la valeur salutaire et rédemptrice de cette souffrance, ce qui a pourconséquence de « sauver » la souffrance elle-même en lui donnant sens, particulièrement dans l’affirmation de la participation de nos souffrances à celles du Crucifié, mais a aussi pour effet de légitimer la souffrance, voire la violence qui en est trop souvent la source. La question est délicate dans la mesure où le salut constitue le cœur du message chrétien alors que la souffrance du Christ enest le moyen. Or, la valeur rédemptrice de la souffrance fait aujourd’hui problème à plusieurs, alors qu’elle en aide toujours d’autres à mieux vivre leur souffrance. En fait, le problème n’est peut-être pas tant de considérer la souffrance comme salvifique que de la considérer comme rédemptrice, c’est-à-dire liée à l’expiation, et de la situer dans le plan divin. Que la souffrance sauve, nous enfaisons chaque jour l’expérience, d’abord à partir des avertisse© Revue Théologiques 2005. Tout droit réservé.

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jean-guy nadeau

ments que la douleur nous envoie. Nous en faisons aussi l’expérience quand nous voudrions nous substituer — j’utilise sciemment le terme — à l’enfant qui a mal et prendre sur nous sa douleur. Ou encore quand les nouvelles télévisées nous apprennent qu’un tels’est constitué ou a offert de se constituer otage à la place d’un autre. Le savent aussi les victimes de torture qui gardent le silence le plus longtemps possible pour permettre à leurs compagnons et compagnes de se mettre en sécurité. Plusieurs, enfin, acceptent de souffrir pour des causes ou des gens dans lesquels ils croient, et on peut penser aux soldats ou militants sur les divers champs...
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