2006 Le sentiment d'injustice autorise-t-il le recours à l'illégalité?

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  • Publié le : 15 juin 2010
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Introduction
« Avoir des devoirs » est une expression courante qui implique la présence d’un sujet à l’égard duquel nous sommes engagés. Il est fréquent de penser que nos obligations ont pour destinataire autrui, notre semblable. Cette idée commune est sensée. La vie sociale implique desrelations qui ne peuvent fonctionner qu’à la condition d’être organisées par des lois et intériorisées par chacun sous la forme de devoirs. Être honnête, être respectueux, sont des valeurs reconnues pour justes. Est-ce là la totalité de nos devoirs ? Nous parlons aussi de devoirs envers Dieu, l’État, et parfois même les animaux et la nature. Y a-t-il un caractère commun à ces divers exemples ?©HATIER

Enfin, le devoir semble avoir une valeur réflexive au sens où il s’adresse aussi à nous-mêmes. Ce point peut paraître curieux car il signifie que nous nous devons quelque chose. N’est-ce pas abusif et dangereux pour notre liberté ? Pouvons-nous cependant séparer autrui de ce que nous sommes, si autrui est l’« autre moi » ?

1. Aux sources du devoir
A. La dette « Devoir » vient du verbelatin debere qui signifie « avoir une dette ». Dans ses études sur le droit ancien, Louis Gernet nous apprend que le devoir, debitum, désignait la satisfaction que le débiteur était tenu de fournir à son créancier. Avoir des devoirs serait donc être endetté, et faire son devoir, honorer sa dette. Lorsque je suis redevable à quelqu’un, il dispose ainsi d’un droit sur moi, et je suis son obligé.L’obligation est la marque d’une dépendance reconnue. Je suis tenu de faire quelque chose envers une autre personne, étant donné une situation antérieure. Gernet indique aussi que c’est le premier sens de l’engagement. Si l’époque moderne nous a habitué à le concevoir, avec Sartre, comme l’action d’une liberté qui décide souverainement d’orienter son existence, il faut savoir qu’à l’origine, ce termedésignait l’état de celui qui doit acquitter le prix de sa dette. Il arrivait même que l’on fût réduit à l’esclavage faute de n’avoir pu payer ce que l’on devait. On engageait jusqu’à sa liberté. B. Obligation et contrainte Ce passage par les sources archaïques du devoir peut d’abord expliquer que l’opinion confonde si souvent l’obligation et la contrainte. Le cas de l’esclavage est assez parlant.Il importe cependant de faire des distinctions conceptuelles. La contrainte désigne l’action d’une force non reconnue par notre volonté. Rousseau, dans le Contrat social, l’illustre par l’exemple d’un brigand me menaçant de son pistolet. Si je lui cède en lui donnant mon argent, les mobiles de mon acte seront la crainte et la prudence. Ce ne sera donc pas un devoir. Rousseau distingue ainsinettement deux façons d’obéir. L’obligation est une manière d’obéir fondée sur le sentiment que la chose doit être faite parce qu’elle est juste. Je me sens « en conscience » tenu d’accomplir ce qui est demandé. Nous retrouvons l’idée d’un dû à acquitter. Par exemple, aller voir un parent âgé et devenu désagréable est un devoir. Nous savons que nous lui devons cette visite compte tenu de ce qu’il afait pour nous autrefois. Que cela ne nous plaise pas n’est pas une raison suffisante pour assimiler cette obligation à la menace d’un malfaiteur ou d’un plus fort qui nous intimide. Le devoir n’a pas pour fondement l’agréable mais le bien.
©HATIER

Ces points sont fondamentaux car ils expliquent pourquoi on parle de devoirs civiques ou religieux. Un croyant pense tenir sa vie de Dieu. Il estdonc juste qu’il l’honore et obéisse à ses commandements. Un citoyen est le membre d’un État qui lui assure des droits. Il doit donc respecter ses lois. [Transition] Nous avons distingué la contrainte de l’obligation, mais pourquoi donner une place particulière à autrui ?

2. Quel visage pour autrui ?
A. L’associé Il est temps de préciser la figure d’autrui. Nous avons dit qu’il s’agit du...
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