80 % Au bac

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  • Publié le : 4 mai 2011
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« 80% d’une génération au niveau du bac » est le slogan emblématique lancé en 1985 par Jean-Pierre Chevènement lorsqu’il était ministre de l’Education Nationale. Formalisée par Lionel Jospin dans sa loi d’orientation sur l’éducation en 1989, la démocratisation scolaire va être le fer de lance des années 80/90.

C’est en annonçant l’ouverture et la possibilité d’avancer dans les études, quecette politique scolaire a suscité de nombreux espoirs de promotion sociale et professionnelle dans les milieux populaires.

En conséquence, les enfants de cette génération se sont lancés sur la route des études longues se sentant portés par cette vague de démocratisation.

Néanmoins, on peut se demander si cet objectif d’amener 80% d’une classe d’âge au baccalauréat a été réalisé dans de bonnesconditions de scolarité.

En effet, c’est un « pari osé » que se lance l’Education Nationale. Ce type d’objectif entraîne nécessairement un bouleversement et une mutation pédagogique et organisationnelle. La manière d’accueillir les élèves, le suivi, les moyens donnés doivent être repensés pour que l’école demeure un lieu d’égalité.



En menant cette recherche sur plusieursannées, Beaud a pu ainsi mesurer les effets (contrastés) de cette politique et va tout au long de cette étude tenter de répondre à la question « « 80% au bac » : mirage ou réelle promotion ? »[1].

Les promesses de la démocratisation de l’accès au savoir ont-elles été tenues ? Cette politique scolaire a-t-elle été réellement une ascension pour les jeunes issus de milieux défavorisés ?Par ailleurs, il va aborder la question de l’écart plus ou moins important entre la vie, la culture du quartier et les exigences intellectuelles demandées par la culture scolaire.



Pour tenter de répondre à ce questionnement, au fil de l’enquête, Beaud nous plonge dans l’intimité, la vie quotidienne des adolescents. La touche de réalisme apportée par une relation humaine constante permetde mieux appréhender désirs et craintes de ces enfants face à cette démocratisation.

Comment ces «enfants de la démocratisation » vivent-ils et interprètent-ils les situations et activités scolaires ? Comment travaillent ces adolescents qui, il y a quelques années, n’avaient pas accès à un enseignement général long et au baccalauréat ? Comment font-ils face aux exigences des formes scolairesspécifiques du secondaire et du supérieur ?





1. / L’école démocratique de masse :

1.1. / Espoir…



L’école démocratique de masse est originaire du parcours et de l’histoire du système éducatif français qui a connu des transformations de grande ampleur allant toujours vers plus d’égalité et plus d’ouverture.

Avec l’impulsion du plan Langevin Wallon, qui pour plusd'unité voulait permettre l’accès à tous à la même école, l’institution s’est ouverte. Elle s’est ensuite transformée en école démocratique en allant vers l’ouverture du secondaire.

L’ouverture du système éducatif, la mise en place du collège unique (loi Haby de 1975), et par conséquent l’accueil de tous les élèves dans les mêmes classes ont donc permis une massification des effectifs, une haussegénérale du niveau moyen de formation et l’égalité des chances d’accès à l’université.

La démocratisation revêt un caractère uniforme, c'est-à-dire qu’elle profite à tous les milieux sociaux. Le niveau de formation s’est élevé quelque soit l’origine sociale des élèves.

C’est en poursuivant cette impulsion donnée que va s’inscrire la politique scolaire des 80% au baccalauréat.



Ladémocratisation scolaire a donc permis à un certain nombre d’élèves de poursuivre les études et de s’aventurer sur un parcours long. Ainsi les barrières de l’accès au supérieur se sont brisées laissant le passage à un flux d’élèves nouveaux.

De ce fait, est né pour ces fils d’ouvriers immigrés un espoir d’échapper à leur destin social[2]. Une grande attente est placée dans l’école pour échapper...
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