Acte 1 scene 2 dom juan

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  • Publié le : 24 mai 2010
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I Une théorie de la séduction :
1- Le refus du conformisme :
Tout d’abord, cette longue tirade s’apparente à une profession de foi : Don Juan y développe sa conception de l’amour. Il trace son autoportrait en libertin, avide de plaisir et théoricien talentueux de l’amour. En effet, il affirme son refus de se soumettre à la pensée communément admise d’après laquelle chaque homme est destiné àse marier afin de passer son existence avec ce même être. Dans cette scène, cette idée est incarnée par le valet Sganarelle, auquel réfère le « tu » du héros. La tirade s’ouvre alors sur l’interjection « Quoi ! », suivie d’une phrase marquée par un rythme ternaire : « qu’on se lie », « qu’on renonce », « qu’on n’ait plus » (l.1, 2,3). Cette première phrase de la tirade, particulièrement rythmée,montre toute la violence du propos de Don Juan, sa forte opposition aux mœurs de son temps. En outre, cette colère est repérable grâce au passage du type de phrase exclamatif (l.1), à l’interrogatif (l.3) pour enfin revenir à l’exclamatif (l.7). Le héros se révolte donc contre la pensée conformiste dont Sganarelle est le traducteur. Rien n’exaspère plus le séducteur que les chaînes de la fidélitéqui stérilisent le désir et tuent l’homme.

2- Un plaidoyer très bien construit :
De plus, afin de prouver la validité de son propos à son valet, il se livre à une véritable argumentation dont la thèse apparaît au centre de la tirade sous la forme d’un proverbe : « tout le plaisir de l’amour est dans le changement » (l.22). En effet, nous relevons différents arguments permettant de démontrer lavalidité de cette thèse ; après l’exposé de sa thèse (l.1-7), Don Juan développe son premier argument qui consiste à dire que toutes les belles ont le droit de conquérir nos cœurs, car on ne peut leur refuser ce privilège (l.7-23) ; ensuite, il explique le fait qu’il est bon de vaincre une femme vertueuse, de terrasser l’innocence de la victime (l.23-37) ; enfin, son troisième et dernier argumentconsiste à dire que le plaisir est de se transformer en conquérant afin d’accumuler les conquêtes (l.37-45). Notons aussi l’argument d’autorité à la fin du texte : « comme Alexandre » (l.43). Cette argumentation va donc crescendo dans la proclamation de l’inconstance : de l’insoumission à l’offensive. En outre, celle-ci est parfaitement bien structurée, puisque nous relevons la présence deconnecteurs logiques tels « Quoi qu’il en soit » (l.18), « Mais » (l.31), « Enfin » (l.37), « et » (l.43). A l’instabilité du désir renvoie par conséquent un plaidoyer rigoureusement construit. Cette forte opposition à la pensée commune, incarnée par Sganarelle, fait reposer le texte sur le registre polémique. Don Juan se présente ici en bon orateur. Nous pouvons dire à cet égard que nous sommes toujoursdans la scène d’exposition : dans la scène précédente - la première- nous n’avons eu que le portrait fait par le valet ; or, ici, c’est le héros lui-même qui se présente au public. Insoumis à la pensée commune, orateur, séducteur, tels sont les traits caractéristiques de sa personnalité.

3- L’éloge de l’inconstance :
Enfin, l’étude de cette argumentation nous amène à voir que nous avonsaffaire à un éloge de la beauté féminine et du plaisir procuré par l’inconstance. Pour Don Juan, le désir insatiable est le moteur de la vie. Si l’on se soumet à la morale, on perd sa liberté, puisque le destin de la nature humaine est de charmer et d’être charmé. Aussi relevons-nous un important champ lexical du charme féminin dont l’homme doit profiter afin d’éprouver sa liberté naturelle :« beautés » (l.7), « belles » (l.9), « beauté » (l.12), « belle » (l.15), « aimable » (l.19), « beau » (l.20), « charmes » (l.22), « charmes attrayants » (l.36)... Don Juan use donc de ce lexique mélioratif, laudatif, afin de prouver qu’il est naturel de céder à la tentation, tant condamnée à son époque. Céder à cette tentation fait éprouver une « douce violence » (l.13). Cet oxymore illustre la sensation...
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