Adam smith : de la morale à l'économie

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  • Publié le : 2 janvier 2011
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Adam Smith est souvent considéré comme l'auteur emblématique du libéralisme, qui incarnerait la foi dans les vertus du marché. Les lectures de A. Smith qu'apportent aujourd'hui historiens de la pensée économique et philosophes remettent en cause cette vision simpliste, et font de l'Écossais un auteur complexe, à la croisée de l'économie et de la philosophie morale.

En 1759 paraît la Théoriedes sentiments moraux, le premier ouvrage du philosophe écossais Adam Smith (1723-1790). Immédiatement, le livre connaît un succès international. Son objet : définir les principes de la morale, saisir les vertus nécessaires au bon fonctionnement de la société et comprendre d’où vient le sens moral.
Ce n’est pourtant pas cet ouvrage qui marquera la postérité, mais l’Enquête sur la nature et lescauses de la richesse des nations (1776), considéré par la science économique comme l’œuvre fondatrice de la discipline. Car tel est le paradoxe : l’auteur de la Théorie des sentiments moraux est perçu comme l’inventeur de l’économie en tant que discipline autonome de la philosophie morale et politique. Il en aurait fait une science positive, neutre, dégagée des interrogations morales quiprévalaient auparavant (1). L’intérêt pour les questions économiques n’est pas propre à A. Smith et nombreux sont alors les philosophes à les intégrer dans leur champ de réflexion. Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) se demandait par exemple quel serait le mode d’organisation des échanges et de la production le plus favorable au bonheur et à la vertu. Les questions sous-jacentes – « qu’est-ce que larichesse ? », « comment définir l’intérêt général ? », « les vertus individuelles sont-elles nécessaires au bon fonctionnement de la société ? » – sont en effet à la frontière entre la philosophie morale, la philosophie politique et ce qui deviendra l’économie politique. Reste qu’un pas semble franchi avec La Richesse des nations… Comment A. Smith, philosophe de formation, rendu célèbre par la Théorie dessentiments moraux, est-il donc devenu avec l’Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations le père de la science économique ?

L'opposition des mercantilistes

Pour comprendre, il faut revenir sur la trajectoire intellectuelle qui l’a conduit d’un ouvrage à l’autre. La renommée de la Théorie des sentiments moraux vaut à A. Smith d’être choisi comme précepteur du jeune ducde Buccleuch. Il démissionne alors de l’université et entreprend de voyager en Europe. Il y rencontre notamment David Hume et Voltaire, d’Alembert, d’Holbach, Claude Helvétius, Jacques Necker, André Morellet, Anne Robert Turgot, François Quesnay… Les rencontres avec ces deux derniers ont certainement favorisé son intérêt pour l’économie. De retour en Ecosse, A. Smith consacre dix années de sa vieà la rédaction de son Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations, qui paraît en 1776 et sera son dernier ouvrage. F. Quesnay (1694-1774), médecin à la cour de Louis XV et attaché à la marquise de Pompadour, est le chef de file des « physiocrates ». L’auteur du Tableau économique (1758) fait de l’agriculture la source de la richesse. Si A. Smith n’adhère pas à ce courant depensée, il ne le considère pas non plus comme un danger très sérieux. Il juge en revanche le « système mercantile », dont les représentants sont plus influents, comme réellement nuisible à l’intérêt général. Pour ceux-ci, l’accroissement de la richesse nationale passe par l’excédent de la balance commerciale qui permet l’accumulation de métaux précieux. Ils sont donc favorables au protectionnismecontre lequel A. Smith s’inscrit. Opposé aux mercantilistes, il définit la richesse non pas comme une quantité de monnaie ou de métaux précieux, mais comme « l’ensemble des choses nécessaires et commodes à la vie ». Il s’agit donc d’une richesse réelle, et, pour lui, la seule source de création de richesse est le travail.
En écrivant La Richesse des nations, A. Smith se définit en fait comme...
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