Affaire dreyfus

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  • Publié le : 3 novembre 2010
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L’affaire Dreyfus

Il est de coutume de faire entrer l’affaire Dreyfus dans les guerres franco-françaises qui ont progressivement dessiné le profil de la France contemporaine. Mais cet affrontement déchire la nation de manière singulière. Il ne s’agit pas comme dans les profondes fractures révolutionnaires du 19ème siècle d’un événement qui mobilise les masses et oppose entre eux jusqu’au finfond des campagnes des groupes sociaux devenus irréconciliables. L’Affaire relève avant tout de la sphère du débat politique. Il s’y ajoute toutefois une dimension particulière. Si la poussée antisémite et nationaliste ne menace guère, en profondeur, les institutions et l’ordre, l’Affaire a en revanche une dimension morale qui met à l’épreuve les valeurs mêmes de la République.
Nous tenteronsdonc de répondre à la question suivante : en quoi l’affaire Dreyfus enracine-t-elle la République en France ?
Dans un plan en trois parties, nous verrons d’abord le procès de Dreyfus puis l’opposition des deux Francs et, enfin, la recomposition du paysage politique.

I. Le procès Dreyfus

A.La condamnation du capitaine Dreyfus

L’affaire Dreyfus commence le 15 octobre 1894 quand le capitaineDreyfus, officier d’état-major, est arrêté et incarcéré pour espionnage au profit de l’Allemagne. On l’accuse d’avoir livré les plans du nouveau canon de 75 français. En décembre, son procès se déroule à huis clos en conseil de guerre à Paris. Le 22 décembre, il est reconnu coupable à l’unanimité des sept juges et condamné à la déportation à vie. Le 5 janvier, il est dégradé dans la cour de l’Ecolemilitaire et seize jours plus tard embarqué pour l’île du Diable au large de la Guyane. A ce stade, l’opinion est unanimement hostile à Dreyfus, et Clemenceau et Jaurès trouvent la peine légère. Seule la famille de Dreyfus et un journaliste qu’elle a engagé pour faire la lumière sur l’affaire, Bernard Lazare, luttent contre ce sui est pour l’opinion une évidence. Leur conviction est toutefoisrenforcée, en juillet 1895, par la découverte du lieutenant-colonel Picquart, chef du bureau de renseignements, qui constate que l’étude des écritures montre que Dreyfus n’est pas coupable et qu’Esterhazy, un commandant toujours à court d’argent, est à l’origine de la trahison. Cette prise de position vaut à Picquart d’être affecté en Afrique du Nord.

B. « L’Affaire »

Le procès Dreyfus nedevient l’ « Affaire » qu’en novembre 1897, lorsque Auguste Scheurer-Kestner, vice-président du Sénat, fait savoir qu’il a acquis la conviction de l’innocence de Dreyfus. Coup sur coup, deux événements font de l’ « Affaire » une question nationale : l’acquittement d’Esterhazy et, le 13 janvier 1898, la lettre ouverte de Zola au président de la République, « J’accuse ». Durant deux ans, la France sedéchire, pour ou contre Dreyfus. Bien que les preuves s’accumulent contre Esterhazy, en dépit du suicide du colonel Henry (3 août 1898°, convaincu d’avoir fait un faux qui accusait Dreyfus, l’affaire s’enlise, et Zola, traîné en justice, doit s’exiler à Londres. Ce n’est qu’en septembre 1898, au vu des irrégularités du procès de 1894, que Picquart, emprisonné pour divulgation de documents, est libéréet que Zola rentre d’exil. Un nouveau procès en révision se tient à Rennes, en août 1899, mais Dreyfus y est alors reconnu coupable « d’intelligence avec l’ennemi », avec la nuance étonnante des « circonstances atténuantes », ce qui lui vaut d’être condamné le 9 septembre 1899 à dix ans de détention par cinq voix contre deux. Seule l’intervention du président Loubet à la demande du président duConseil, Waldeck-Rousseau, lui vaut d’être gracié et libéré. En 1903, Jaurès relance l’Affaire et obtient la révision du procès en cassation, et c’est seulement le 12 juillet 1906 que Dreyfus est réhabilité et réintégré dans l’armée ainsi que Picquart. Le 20 juillet, Dreyfus est fait chevalier de la Légion d’honneur et Picquart devient ministre de la Guerre dans le gouvernement de Clemenceau....
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