Agnus scythicus-diderot

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 10 (2384 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 3 juillet 2009
Lire le document complet
Aperçu du document
Séquence 4 : Lecture analytique de l’article « Agnus Scythicus », Diderot.

Texte :
L'agnus Scythicus est une plante dont on disait qu'elle broutait... Plusieurs savants, sans l'avoir jamais vue, avaient vanté ses propriétés prodigieuses. L'article de Diderot lui consacre est un exemple très représentatif de la méthode de détournement employée par les encyclopédistes. Le choix d'une plantedevient ainsi le prétexte d'un développement critique dénonçant ces jugements sans preuve, les préjugés, la croyance facile au merveilleux. Parallèlement, se mettent en place les étapes d'un raisonnement qui relève de l'esprit d'examen.

Cet article nous fournira des réflexions plus utiles contre la superstition et le préjugé, que le duvet
de l'agneau de Scythie contre le crachement de sang.Kircher3, et après Kircher. Jules César Scaliger4,
écrivent une fable merveilleuse ; et ils l'écrivent avec ce ton de gravité et de persuasion qui ne
manque jamais d'en imposer. Ce sont des gens dont les lumières et la probité ne sont pas suspectes :
tout dépose en leur faveur ; ils sont crus ; et par qui ? par les premiers génies de leur temps ; et voilà
tout d'un coup une nuée detémoignages plus puissante que le leur qui le fortifient, et qui forment
pour ceux qui viendront un poids d'autorité auquel ils n'auront ni la force ni le courage de résister,
et l'agneau de Scythie passera pour un être réel. Il faut distinguer les faits en deux classes ; en faits
simples et ordinaires, et en faits extraordinaires et prodigieux. Les témoignages de quelques
personnes instruites etvéridiques suffisent pour les faits simples; les autres demandent, pour
l'homme qui pense, des autorités plus fortes. Il faut en général que les autorités soient en raison
inverse de la vraisemblance des faits ; c'est-à-dire d'autant plus nombreuses et plus grandes, que la
vraisemblance est moindre.
Il faut subdiviser les faits, tant simples
qu'extraordinaires, en transitoires et per-manents. Les transitoires, ce sont ceux qui
n'ont existé que l'instant de leur durée, les
permanents, ce sont ceux qui existent tou-
jours et dont on peut s'assurer en tout
temps. On voit que ces derniers sont moins
difficiles à croire que les premiers, et que
la facilité que chacun a de s'assurer de la
vérité ou de la fausseté des témoignages,
doit rendre les témoins circonspects, etdisposer les autres hommes à les croire.
Il faut distribuer les faits transitoires en
faits qui se sont passés dans un siècle
éclairé, et en faits qui se sont passés dans
les temps de ténèbres et d'ignorance ; et
les faits permanents, en faits permanents
dans un lieu accessible ou dans un lieu
inaccessible.
Il faut considérer les témoignages en
eux-mêmes, puis les comparer entreeux :
les considérer en eux-mêmes, pour voir
s'ils n'impliquent aucune contradiction, et
s'ils sont de gens éclairés et instruits : les
comparer entre eux pour découvrir s'ils ne
sont point calqués les uns sur les autres, et
si toute cette foule d'autorités de Kircher,
de Scaliger, de Bacon5 de Libavius, de
Licetus, d'Eusèbe, etc. ne se réduirait pas
par hasard à rien, ou àl'autorité d'un seul
homme.
Il faut considérer si les témoins sont oculaires ou
non ; ce qu'ils ont risqué pour se faire croire ; cruelle
crainte ou quelles espérances ils avaient en annon-
çant aux autres des faits dont ils se disaient témoins
oculaires : s'ils avaient exposé leur vie pour soutenir
leur déposition, il faut convenir qu'elle acquerrait une
grande force ; que serait-cedonc s'ils; l'avaient sacri-
fiée et perdue ?
Il ne faut pas non plus confondre les faits qui se
sont passés à la face de tout un peuple, avec ceux qui
n'ont eu pour spectateurs qu'un petit nombre de
personnes. Les faits clandestins, pour peu qu'us soient
merveilleux, ne méritent presque pas d'être crus : les
faits publiques, contre lesquels on n'a point réclamé dans
le temps, ou...
tracking img