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  • Publié le : 28 décembre 2011
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1) Cette grande ballade relève d'emblée du merveilleux, au sens de Todorov: ici, le surnaturel existe, est accepté comme tel, immédiatement. Participera à ce processus le retour régulier des mêmes rimes: par leur prégnance, elles exercent une sorte de fascination sur l'auditeur, et le refrain en fin de chaque strophe n'y entre pas pour peu.

Ceci est conforté, de façon audible, par l'harmoniedu premier vers, avec ses assonances. Oui, les morts: «qui après nous vivez», sont bien vivants, de toute évidence, par le présent utilisé: «vivez» (et la place de ce verbe à la rime), la vivacité de l'apostrophe initiale: «Frères humains», la force du hiatus: «qui a-»; tout concourt à rendre l'apparition des pendus quasi tangible, en attendant de la rendre visuelle: «Vous nous voyez», v. 5,olfactive: «pourrie», v. 7, auditive: «Si frères vous clamons», v. 11, voire gustative: «les yeux cavés, arraché la barbe et les sourcils», v. 23-24. Cette inscription, via le texte écrit (sic!), dans le réel s'opère aussi par le truchement du rythme: les mesures ( / ) ainsi que la césure ( || ) sont bien marquées avec: «frè/res humains/||, qui/ (accentué puisque après une pause phono-sémantique)après nous/ vivez/», donc un parallélisme 2/3//1/3 s'achevant sur 2, le «nous» étant souligné par sa légère extraposition emphatique issue de l'inversion du groupe nominal prépositionnel «après nous». Ainsi les auditeurs sont-ils vigoureusement interpellés, en fait les passants bénévoles qui jettent un coup d'œil sur le gibet, vu le collectif: «nous», lui-même répété à l'envi, en jeu dialectique avecle: «vous» (exprimé ou non), tout au long du texte, à des endroits privilégiés: «Et nous», v. 8 en syndèse, puis dans le refrain, en écho avec: «tous» et «absoudre», après avoir été monnayé en polyptote avec le déterminant: «notre» au v. 9; il est repris à la césure du vers 15, en inversion aux vers17 et 18, initial dans ce dernier, comme au vers suivant, en écho à la fin du même vers. s'ensuiventles avanies subies, d'où la proximité entre «pluie» et «nous», idem pour «pies, corbeaux»; comme l'implique le rythme de la ballade, les pendus reviennent sans cesse à la charge, en un mouvement qualifié par le commun de fantastique. Judicieusement, la polyptote «notre», au v. 29, semble reprendre en fin de vers celle du début du v. 9; ceci permet d'assurer l'envoi: «tous» au v. 31, «nous» au v.32, avec un glissement de sens, en fait un élargissement du référent: l'Enfer a aussi le pouvoir sur tout homme, d'où le collectif dans le déclaratif «n'avons» unissant dans un même destin ( ou une même prière, mais ceci renverrait au. thème 2!) morts et vifs, en fait, comme attendu, depuis longtemps demandé, «tous nous» dans le dernier refrain. Assurément, ces morts sont bien présents dans cetexte, autant que les bons bourgeois apostrophés (est-il utile de faire sur le «vous» le même relevé que sur le «nous»? 4 occurrences précises du pronom, 5 impératifs dont 4 de défense, avec 2 implicites au v. 9 et 19), accrochés que sont ces malheureux (notre démonstratif est volontaire!) à ce gibet, à l'entrée d'une cité, ici Paris, vu le titre exact de cette ballade expliquée par la biographiede son truand d'auteur. Le gibet de Montfaucon où l'on pendait (haut et court?) au cube, en un châtiment qui se voulait exemplaire (D'aucuns semblent en avoir actuellement la nostalgie en clouant au pilori la «racaille»). Gibet que Victor Hugo rendra célèbre, pour cesser toute polémique, inutile!

Les badauds sont ainsi rendus sensibles à l'interdiction émise au vers suivant, dont la forces'appuie sur la valeur négative du «n'» - qui n'a pas besoin d'être renforcé au Moyen Age [rappel: au MA, la négation est : n'/ne; MAIS il y a 2 ambiguïtés: 1: je n'ai qu'une chose à dire, où le n' dit +1, 2: je crains qu'il ne vienne où ne veut dire: +; face à ces deux difficultés, le français renforce la négation affaiblie par le plus petit élément minimal de l'action évoquée, d'où: je ne marche...
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