Alain caillé

Pages: 23 (5573 mots) Publié le: 21 mars 2011
PRÉSENTATION

par Alain Caillé Qu’est-ce qui fait que certaines villes semblent invivables, tandis que d’autres dégagent un charme inépuisable? Que tel ensemble architectural nous parle quand tel autre nous fait horreur? On sait à quel point ces questions s’exacerbent avec la querelle de l’architecture moderne. Que nous ne parvenons pas à trancher. Car, à la fois, nous détestons nos villesmassifiées et fonctionnelles, nos grands ensembles qui nous donnent le sentiment d’une perte irréparable de l’harmonie entrevue dans ce qui subsiste des villes anciennes; et, en même temps, nous ne pouvons envisager d’y faire retour. Pourquoi faire de l’ancien avec du neuf, en effet? Comment donc construire nos villes, désormais? Telles sont les questions — les questions de tout le monde — que nousnous posions en lançant le projet de ce numéro il y a un ou deux ans. Un peu à l’aveuglette au départ, car jamais le M.A.U.S.S. ne s’était attaqué à ce type de questions, le plus souvent abandonnées aux urbanistes, aux ingénieurs et aux architectes. Ou alors objet de spéculations philosophiques quelque peu incantatoires sur la perte de « l’habiter ». Une certitude néanmoins nous animait : cellequ’il existe une étroite connivence et interdépendance entre le fonctionnalisme architectural et urbanistique — celui qui triomphe avec le Bauhaus et la charte d’Athènes, et qui cristallise au plus haut point la représentation que la modernité du XXe siècle se sera donnée d’elle-même — et l’utilitarisme théorique qui domine depuis deux siècles dans les sciences sociales, en philosophie politique et,sans doute, en politique tout court. Au minimum, il valait la peine de tenter de démêler certains des fils qui assurent la traduction d’un type de discours et de pratiques dans un autre. Avec un peu de chance, nous serions ainsi peut-être à même de faire apparaître des éclairages inattendus et d’esquisser quelques conclusions, au moins hypothétiques et provisoires. C’est le résultat de cette premièreenquête et de ces esquisses d’exploration que nous livrons au lecteur dans ce numéro. Il démarre avec deux textes qui nous semblent en bien résumer l‘esprit général en quelques pages. L’expérience de la ville moderne est celle de l’ambivalence. Vouée pour se développer à détruire sans cesse le passé dont elle hérite — dans un mouvement semblable à ce qu’en économie, Joseph Schumpeter désignaitcomme celui de la destruction créatrice —, elle nous laisse incertains, tiraillés entre la nostalgie de ce qui disparaît et la fascination pour l’histoire en mouvement. Didier Lapeyronnie exprime admirablement cette « ambiguïté profonde » de la ville moderne. « Nous voulons nous lier et rompre, nous attacher et être libres, nous enraciner et circuler. Nous désirons la proximité et la distance […] laville que nous sou-

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VILLES BONNES À VIVRE, VILLES INVIVABLES

haitons doit être notre ville et celle des autres […] un lieu de contemplation et d’action. Elle doit porter le passé et le futur, l’enracinement et le déracinement, l’inconnu et le familier, le semblable et le cosmopolite, le calme et l’agitation. Nous désirons intensément changer et rester les mêmes. Aussi, nous aimons etnous détestons nos villes modernes. Nous les trouvons simultanément magnifiques et hideuses. Nous nous en échappons dès que nous pouvons, mais c’est aussitôt pour le regretter. » Cette existence clivée, cette ambivalence de notre rapport au monde est certainement ce qui gît au plus profond de l’expérience de la modernité comme le montre Marshall Berman, dans son beau livre All That is Solid Meltsinto Air, inconnu en France, qui mieux que tout autre sans doute fait sentir de l’intérieur ce qui se joue — ou faut-il dire « se jouait » ? — pour l’homme dans l’expérience moderne, et dont nous traduisons ici un chapitre. La ville moderne est l’exposant visible de cette tension non résolue et qui n’a pas à l’être. Mais de quelle modernité et de quelle ville moderne parlons-nous? Avec Le...
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