Alain

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  • Publié le : 6 octobre 2010
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Alain sur le langage, la langue instrument à penser :
«La langue[1] est un instrument à penser[2]. Les esprits que nous appelons paresseux[3], somnolents[4], inertes[5], sont vraisemblablement[6] surtout incultes[7], et en ce sens[8] qu'ils n'ont qu’un petit nombre de mots et d'expressions[9]; et c'est un trait de vulgarité[10] bien frappant que l'emploi d'un mot à tout faire. Cette pauvretéest encore bien riche[11], comme les bavardages[12] et les querelles[13] le font voir; toutefois la précipitation du débit et le retour des mêmes mots montrent bien que ce mécanisme[14] n'est nullement dominé. L'expression "ne pas savoir ce qu'on dit[15]" prend alors tout son sens. On observera ce bavardage dans tous les genres d'ivresse et de délire[16]. Et je crois même qu'il arrive à l’homme dedéraisonner par d'autres causes[17]; l'emportement dans le discours fait de la folie[18] avec des lieux communs[19]. Aussi est-il vrai que le premier éclair de pensée, en tout homme et en tout enfant, est de trouver un sens[20] à ce qu'il dit[21]. Si étrange cela soit, nous sommes dominés par la nécessité de parler[22] sans savoir ce que nous allons dire[23]; et cet état sibyllin[24] estoriginaire[25] en chacun ; l’enfant parle naturellement avant de penser, et il est compris des autres bien avant qu'il se comprenne lui-même[26]. Penser c'est donc parler à soi[27].»

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[1]Et non langage. La langue a une dimension culturelle, elle est concrète, le langage est la structure abstraite du systèmedes signes. Ici, il est question de l’influence reçue du simple fait que nous vivons dans la langue comme le poisson vit dans l’eau. La langue est un milieu dans lequel la pensée vient se former.

[2]On attendrait ici plutôt « instrument à parler », en effet, nous croyons d’ordinaire que la vocation première du langage est la communication. Alain veut montrer que non. La langue nous apprend àpenser, notre pensée est façonnée par l’usage de cet instrument qu’est la langue.

[3]Qui n’est pas porté sur l’action, manque d’entrain, manque d’enthousiasme intellectuel pour se livrer à une quelconque activité de pensée.

[4]Manque d’éveil intérieur, marque d’une conscience vigilante affaiblie. L’abruti n’est pas bien réveillé. Son esprit est encore engourdi. Il y a des esprits si abrutisque l’on se demande s’il se réveilleront jamais !!! Cela se remarque tout de suite dans un regard terne, sans éclat, un regard qui n’est pas éveillé. Au contraire, un esprit en éveil se remarque par une vivacité du regard.

[5]Encore un terme qui marque une opposition avec l’activité. Un esprit inerte semble privé de tout dynamisme propre : il faut le remuer, le secouer pour le sortir de soninertie, sans quoi il y resterait.

[6]Selon toute vraisemblance, c’est-à-dire que la meilleure explication que l’on puisse donner de leur état est que...

[7]Qui manque de culture, d’instruction, d’éducation. Il s’agit essentiellement d’une pauvreté du savoir. Alain attribue à cette pauvreté l’état de somnolence intellectuelle des esprits les plus inertes. Il ne met pas directement l’accent surla qualité de l’éveil, qui semble pourtant essentielle. A son avis donc, il suffirait de leur apporter un savoir plus riche pour qu’ils sortent de leur état d’abrutissement. L’éducation pourrait modifier cet état de chose : vision typique d’une idéalisme moral..

[8]L’inculture est donc explicité en disant qu’elle est aussi la maîtrise d’une vocabulaire extrêmement limité. La maîtrise d’unlangage complexe suppose une culture complexe, une culture étendue et variée.

[9] Quand on n’a pas de mots pour dire, on se répète et on bafouille beaucoup. Le petit nombre des mots nous fait tourner en rond. Dans une langue étrangère, au début, on se sent très limité, confiné dans un vocabulaire étroit.

[10]Vulgum : le peuple, le vulgaire est le populaire, ce qui ne veut pas dire propos...
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