Albert camus "carnets" new york (commentaire)

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  • Publié le : 18 juin 2010
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 (Albert CAMUS (1913-1960) transcrivit dans ses Carnets les impressions de son séjour aux Etats Unis où il séjourna en 1946)

"Peut-être que New York n'est plus rien sans son ciel. Tendu aux quatre coins de l'horizon, nu et démesuré, il donne à la ville sa gloire matinale et la grandeur de ses soirs, à l'heure où un couchant enflammé s'abat sur la VIII° Avenue et sur le peuple immense qui rouleentre ses devantures, illuminées bien avant la nuit. Il y a aussi certains crépuscules sur le Riverside(1), quand on regarde l'autostrade(2) qui remonte la ville, en contrebas, le long du Hudson(3), devant les eaux rougies par le couchant; et la file ininterrompue des autos au roulement doux et bien huilé laisse soudain monter un chant alterné qui rappelle le bruit des vagues. Je pense à d'autressoirs enfin, doux et rapides à vous serrer le cœur, qui empourprent les vastes pelouses de Central Park, à hauteur de Harlem(1). Des nuées de négrillons s'y renvoient une balle avec une batte de bois, au milieu de cris joyeux, pendant que de vieux Américains, en chemise à carreaux, affalés sur des bancs, sucent avec un reste d'énergie des glaces moulées dans du carton pasteurisé, des écureuils àleurs pieds fouissant la terre à la recherche de friandises inconnues. Dans les arbres du parc, un jazz d'oiseaux salue l'apparition de la première étoile au-dessus de l'Imperial State(4) et des créatures aux longues jambes arpentant les chemins d'herbe dans l'encadrement des grands buildings, offrant au ciel un moment détendu leur visage splendide et leur regard sans amour."
Albert CAMUS,Carnets, 1962.

quartiers de New York. (2) autoroute. (3) fleuve bordant New York. (4) un des plus hauts gratte-ciel de New York

Introduction :
Albert Camus découvre New York au cours d’un voyage en Amérique du Nord de mars à mai 1946, contrairement à Jean-Paul Sartre qui aimait cette ville, il y voit un « désert de fer et de béton ». Il note ses impressions de voyage dans ses Carnets, d’où esttirée cette page.
Elle révèle que la métropole américaine révèle certes son intérêt et que ses habitants suscitent une curiosité teintée tantôt de sympathie, tantôt d’antipathie. Mais ce qui le touche le plus, c’est son ciel, embrasé par les feux du soleil couchant.

Etude

I/ UN INTERET POLI POUR LA VILLE DE NEW YORK
1/ Les repères topographiques
Comme tout visiteur de New York, Camuscommence par noter quelques repères topographiques : l’Hudson, les quartiers du Riverside et de Harlem, la VIII è Avenue et l’Imperial State Building.
Mais la moitié du fragment est consacrée à Central Park, le poumon de la ville, avec ses pelouses et sa faune, écureuils familiers et oiseaux.
Ces derniers sont si bruyants que Camus suggère leurs trilles et leurs disputes à l’aide d’une bellemétaphore, « un jazz d’oiseaux ». Elle prend évidemment un relief particulier dans une page consacrée au pays où est née cette musique.

2/ Deux signes distinctifs
Mais, pour Camus, les deux signes distinctifs de la ville américaine sont les lumières et les voitures. Un Français qui avait souffert pendant l’Occupation des rigueurs du couvre-feu ne pouvait manquer d’être frappé par les « devanturesilluminées bien avant la nuit », indice d’une prodigalité inconnue en Europe. Cependant l’écrivain ne s’y attarde guère, contrairement à la circulation automobile, évoquée par une expression banale, « la file ininterrompue des voitures » et une belle image, « le peuple immense qui roule ». Par elle, il donne non seulement l’impression que tous les Américains ou presque circulent en automobile, mais que,malgré le nombre, la circulation est fluide et silencieuse : les sonorités contenus dans « roulement doux et bien huilé », en particulier la répétition de la diphtongue « ou » laissent entendre que ces moteurs si peu bruyants sont le fruit des progrès techniques.
Enfin, en comparant le ronronnement des voitures au bruit des vagues et surtout en employant le mot « chant », il montre des...
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