Albert cohen : filiation, rupture et reconnaissance

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  • Publié le : 16 juillet 2011
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"Albert Cohen : filiation, rupture et reconnaissance"

Parmi l'infinie variété des parcours littéraires, celui d'Albert Cohen semble se présenter comme particulièrement propice au développement d'une réflexion envisageant les implications théoriques de la question de la reconnaissance et de la réception d'une œuvre littéraire. Si, dans une première approche, l'effet suscité en 1968 par"Belle du Seigneur", peut sembler surprenant vu la prégnance des théories du Nouveau Roman sur le contexte littéraire de l'époque, plusieurs éléments d'analyse permettraient néanmoins de considérer l'oeuvre dans sa "légitimité" sociale, littéraire et historique.

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Dans un premier temps, et de façon assez prosaïque, il s'agirait, sur base notamment du modèle d'analyse développé par Jurtpour une sociologie de la réception, des éléments proposés par Jacques Dubois dans "L'Institution de la littérature" et des paramètres qui constituent une sociologie de l'écrivain pour Bourdieu, de voir s'il serait possible, à la fois de relativiser et de redéfinir la nature de cette reconnaissance. Les critères repris par Jurt dans son étude empirique de la réception des ouvrages de Bernanos parla critique journalistique permettraient d'abord de repositionner le livre de Cohen par rapport aux autres œuvres romanesques de son temps. Il n'est, en effet, pas indifférent de savoir que paraissent également, ou sont primés, à la fin des années soixante et au début des années septante, des ouvrages tel que "L'Œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar (1968), "Le Roi des Aulnes" de Michel Tournier(Prix Goncourt 1970), "Creezy" de Félicien Marceau (1969), "Les Fruits de l'hiver " de Bernard Clavel (Prix Goncourt 1968), "La Place de l'Etoile" de Patrick Modiano (1968), "Le Livres des fuites" de Jean-Marie le Clézio (1969), "La Disparition" de Georges Perec (1969), "Les Allumettes suédoises" de Robert Sabatier (1969), "La nuit Américaine," de Christopher Franck (Prix Renaudot 1972) et "Lagloire de l'Empire" de Jean d'Ormesson (Grand Prix du roman de l'Académie française 1971) pour ne citer que les plus connus. Le Nouveau Roman est donc loin d'occuper tout l'espace littéraire de l'époque.
Dans une même perspective il pourrait aussi être intéressant, ici, de tenir compte de la distinction établie par Jacques Dubois ( sur base de la définition, par Bourdieu, des deux sphères deproduction dans "Le marché des biens symboliques") entre la légitimité d'une littérature primée par un appareil d'état, officiel (tel que l'Académie Française) et une littérature dont les conditions de légitimité sont définies par le monde littéraire lui-même (les écrivains) et où le critère esthétique prime, caractéristique du champ de production restreinte. Et cela afin de situer plus précisémentencore la place de "Belle du Seigneur" sur la scène littéraire de l'époque (il reste manifeste que pour le groupe "Tel Quel", qui formalise les théories du Nouveau Roman, et la "collection d'écrivains" regroupés autour de Jean Ricardou, le livre de Cohen ne se conforme pas aux critères de légitimité qu'ils définissent, parfois avec vigueur).
Enfin, et toujours à ce premier niveau de recherche,une approche sociologique de Cohen en tant qu'écrivain, dans les termes définis par Bourdieu (relations entre dispositions, positions et prises de position, habitus et cursus littéraire), serait peut être à même d'éclairer la nature somme toute relative de la reconnaissance d'Albert Cohen en 1968 .Si "Belle du Seigneur" reçoit le Grand Prix du roman de l'Académie française à sa parution, quel'oeuvre est encensée par Joseph Kessel, Félicien Marceau ou encore Albert Memmi sur les ondes de la Radio suisse romande et que plusieurs articles lui sont consacrés dans les rubriques littéraires des grands quotidiens et hebdomadaires, l'audience d'Albert Cohen dans le monde en 1968 n'est en rien comparable à celle de 1930, lors de la parution de "Solal". La "consécration" ne viendra réellement...
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