Alfred de musset et l'homme romantique

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  • Publié le : 5 novembre 2010
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« L’Homme romantique n’est pas mort… »

Il relève du poncif que de constater que la majorité des poètes romantiques ne sont guères lus de nos jours. Le charme désuet qu’on continue à leur reconnaître ne les empêche pas de vieillir doucement dans la gangue des anthologies poétiques poussiéreuses réservées aux initiés ou aux passionnés, ces nostalgiques incurables. Il est cependant des voix,dont nous pensons, à notre modeste niveau, faire partie, pour s’élever devant ce constat injuste et injustifié qui passe sous silence toute la modernité de l’écriture romantique, les points communs de l’époque de Musset et de la nôtre, la relative intemporalité du mal du siècle. Déjà, les poètes surréalistes battaient en brèche ce carcan réducteur qui reléguait le Romantisme au rang de simpleépiphénomène littéraire : «L’histoire du romantisme, telle qu’elle s’enseigne, est à refaire de fond en comble. »[1] Le drame personnel de Musset et ses répercussions dans son œuvre, les arcanes du processus créateur, les liens problématiques de l’artiste et de son temps, les atermoiements de la difficulté d’être restent des thématiques qui entrent en résonance avec les turpitudes de notre propre époquequi en sont, dans une large mesure, les héritières. Il conviendra donc de sonder les résurgences du Romantisme et du mal du siècle, à travers une réflexion sur la modernité et de nouveaux concepts comme la « postmodernité », le « néoromantisme », voire le technoromantisme » qui, pour sembler parfois arbitraires et sujets à caution, n’en apportent pas moins un éclairage fructueux sur la capacité del’ « Homme romantique » à transcender les époques…

Qu’a-t-on véritablement hérité du Romantisme, à prendre ici au sens large ? Une certaine nostalgie des temps médiévaux ? Une douleur diffuse devant la condition humaine ? Une remise en cause des bouleversements sociopolitiques ? La prolifération d’idéaux diffus palliant l’absence de repères ? On trouve évidemment de nombreuses manifestations del’ « Esprit romantique », mais quels rapports entretiennent-elles avec le Romantisme tel que nous avons tenté de le définir ? Quelles en sont les implications esthétiques et philosophiques ? Quelle est la place de Musset dans cette filiation ?

Il tombe sous le sens que notre époque présente une série de traits idéologiques, sociaux, politiques, métaphysiques et esthétiques communs avec l’èreromantique…Notre siècle connaît aussi une forme de société bloquée qui n’en finit pas de se chercher dans des particularismes de plus ou moins bon ton. Les vieux systèmes de pensée, parfois hérités des Lumières, semblent obsolètes et certaines idéologies sont à bout de souffle après le traumatisme des deux guerres. Les XXe et XXIe siècles ont aussi leur lot d’anciens révolutionnaires embourgeoisés parla conquête du pouvoir (on songe ici aux premiers chapitres de La Confession…), ou de politiciens corrompus. Que dire aussi du matérialisme triomphant, des épidémies ravageuses qui amènent l’Homme moderne à une prise en compte de plus en plus aiguë du malheur universel ? De la même manière, la dialectique de l’individuel et de l’universel, qui est l’une des pierres d’achoppement du Romantisme,ne laisse pas d’être opératoire de nos jours.

Pour tenter d’éclairer ce parallélisme, il nous semble important de revenir à la conception baudelairienne de la modernité poétique qui, synthétisant les interrogations de l’artiste, servira à la fois de prisme et de contrepoint pour envisager le Romantisme moderne. Romantique par goût et en raison de ses fréquentations et de ses admirations,quelles que soient ses dénégations et le tour si particulier de « son » romantisme,   Baudelaire tente dans Le Peintre de la vie moderne de trouver une troisième voie entre l’émotion romantique immédiate et le formalisme parnassien qui tend à éradiquer le sujet écrivant. Il théorise alors ce qu’il nomme la modernité, qu’il décèle dans les oeuvres d'artistes comme Delacroix, Daumier, Manet,...
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