Ali baba et les 40 voleurs

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 65 (16157 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 2 mai 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
ALI BABA
et
les
quarante voleurs

Dans une ville de Perse, aux confins des Etats de votre majesté, dit Schéhérazade à Schahriar, il y avait deux frères, dont l’un se nommait Cassim et l’autre Ali Baba. Comme leur père ne leur avait laissé que peu de biens et qu’ils les avaient partagés également, il semble que leur fortune devait être égale : le hasard néanmoins en disposa autrement.Cassim épousa une femme qui, peu de temps après leur mariage, devint héritière d’une boutique bien garnie, d’un magasin rempli de bonnes marchan-dises, et de biens en fonds de terre, qui le mirent tout à coup à son aise, et le rendirent un des marchands les plus riche de la ville.
Ali Baba, au contraire, qui avait épousé une femme aussi pauvre que lui, était logé fort pauvrement, et il n’avaitd’autre industrie pour gagner sa vie , et de quoi s’entretenir lui et ses enfants, que d’aller couper du bois dans la forêt voisine, et de venir le vendre à la ville, chargé sur trois âne qui faisaient toute sa possession.
Ali Baba était un jour dans la forêt, et il achevait d’avoir coupé à peu près assez de bois pour faire la charge de ses ânes, lorsqu’il aperçut une grosse poussière qui s’élevait enl’air, et qui avançait droit du côté où il était. Il regarde attentivement, et il distingue une troupe nombreuse de gens à cheval qui venaient d’un bon train.
Quoiqu’on ne parlât pas de voleurs dans le pays, Ali Baba néanmoins eut la pensée que ces cavaliers pouvaient en être. Sans considérer ce que devien-draient ses ânes, il songea à sauver sa personne. Il monta sur un gros arbre, dont lesbranches à peu de hauteur se séparaient en rond, si près les unes des autres qu’elles n’étaient séparées que par un très petit espace. Il se posta au milieu avec d’autant plus d’assurance, qu’il pouvait voir sans être vu ; et l’arbre s’élevait au pied d’un rocher isolé de tous les côtés, beaucoup plus haut que l’arbre, et escarpé de manière qu’on ne pouvait monter au haut par aucun endroit.
Lescavaliers, grands, puissants, tous bien montés et bien armés, arrivèrent près du rocher où ils mirent pied à terre ; et Ali Baba, qui en compta quarante, à leur mine et à leur équipement ne douta pas qu’ils ne fussent des voleurs. Il ne se trompait pas : en effet, c’étaient des voleurs, qui, sans faire aucun tort aux environs, allaient exercer leurs brigandages bien loin, et avaient là leurrendez-vous ; et ce qu’il les vit faire le confirma dans cette opinion.
Chaque cavalier débrida son cheval, l’attacha, lui passa au cou un sac plein d’orge qu’il avait apporté sur la croupe, et ils se chargèrent chacun de leur valise ; et la plupart des valises parurent si pesantes à Ali Baba, qu’il jugea qu’elles étaient pleines d’or et d’argent monnayés.
Le plus apparent, chargé de sa valise commeles autres, qu’Ali Baba prit pour le capitaine des voleurs, s’approcha du rocher, fort près du gros arbre où il s’était réfugié ; et après qu’il se fut fait chemin au travers de quelques arbrisseaux, il prononça ces paroles si distinctement : «  Sésame, ouvre-toi », qu’Ali Baba les entendit. Dès que le capitaine des voleurs les eut prononcées, une porte s’ouvrit ; et après qu’il eut fait passertous ses gens devant lui, et qu’ils furent tous entrés, il entra aussi, et la forme se ferma.
Les voleurs demeurèrent longtemps dans le rocher ; et Ali Baba, qui craignait que quelqu’un d’eux, ou que tous ensemble ne sortissent s’il quittait son poste pour se sauver, fut contraint de rester sur l’arbre, et d’attendre avec patience. Il fut tenté néanmoins de descendre pour se saisir de deux chevaux,en monter un, et mener l’autre par la bride, et de gagner la ville en chassant ses trois ânes devant lui ; mais l’incertitude de l’événement fit qu’il prit le parti le plus sûr.

La porte se rouvrit enfin ; les quarante voleurs sortirent ; et au lieu que le capitaine était entré le dernier, il sortit le premier, et après les avoir vus défiler devant lui, Ali Baba entendit qu’il fit...
tracking img