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  • Publié le : 16 mai 2011
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Analyse de Micromégas

[Sujet amené] Le « Siècle de Lumières » vit la fin de la monarchie absolue de Louis XIV et offrit aux hommes un timide début de liberté; ceux-ci pouvaient alors, ou bien entreprendre de questionner leur monde et de réfléchir par eux-mêmes, ou bien commencer à s’infatuer, à se gonfler d’orgueil, à usurper trop rapidement une place qui ne leur revenait pas encore.François-Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778), philosophe éclairé à l’esprit vif et à la plume acérée, se fit un devoir de rejoindre les premiers et de combattre les seconds. [Sujet posé] Se pourrait-il que, même dans ses « contes philosophiques » – genre qu’il aura d’ailleurs lui-même, au soir de sa vie, inventé –, le virulent pamphlétaire ait tenté de remettre le monde en question et les hommes àleur place? Il aura semble-t-il essayé – et un peu comme Molière, un siècle plus tôt –, de se moquer des vices des hommes afin de les corriger. Toute sa vie, il aura en effet cherché à remettre les présupposés – et la suffisance – de l’Homme en question. Sans relâche, il aura cherché à se moquer de la bêtise de ses contemporains, à ébranler leur certitude et à faire valoir le relativisme de touteschoses. C’est, du moins, ce que l’analyse du premier chapitre de Micromégas (1752), « Voyage d’un habitant du monde de l’étoile Sirius dans la planète de Saturne », tentera de mettre au jour. [Sujet divisé] L’analyse montrera, d’abord, comment Voltaire, en vantant la grandeur de son personnage principal et en ridiculisant la petitesse des hommes, remettra ses contemporains à leur place, ensuite,comment, en recourant à l’humour, à l’ironie et au sarcasme, il se moquera des hommes en général et de certains de ses contemporains en particulier, enfin, comment il mettra tout en œuvre pour faire valoir le relativisme de toutes choses.

* * *

C’est d’abord en vantant la grandeur de son personnage principal, le géant Micromégas, habitant de l’étoile Sirius, et en ridiculisant la petitessede ses personnages (très) secondaires, les terriens, habitants d’un « petit tas de boue », auxquels il n’accordera d’ailleurs que très peu d’importance, que Voltaire remettra les hommes à leur place. Le narrateur raconte l’histoire de Micromégas, ce géant venu de Sirius, lequel a manifestement plusieurs qualités : c’est un « jeune homme » (l. 2) qui a « beaucoup d’esprit » (l. 2) – cet « esprit »est d’ailleurs maintes fois vanté dans ce premier chapitre : le narrateur parle de son « esprit […] cultivé » (l. 25, nous soul.), de son « bon esprit » (l. 74, nous soul.), de la « force de son esprit » (l. 29, nous soul.) et mentionne qu’il sait se « défend[re] avec esprit » (l. 41, nous soul.) –, un « sage » (l. 68) qui « compr[end] vite » (l. 74, nous soul.), qui « sait beaucoup de choses » (l.26, nous soul.), qui « en a inventé » d’autres (l. 26, nous soul.) et qui « conna[ît] merveilleusement » le monde (l. 54, nous soul.). Bref, Micromégas est un « gran[d] » personnage (l. 5) – au sens propre (« il avait huit lieues de haut », l. 5) comme au sens figuré (il s’agit de « son Excellence », l. 21) – que ce narrateur a du reste eu l’« honneur » de connaître (l. 3). Le nom « esprit »,répété à cinq reprises, recevra comme expansion des adjectifs mélioratifs (« bon », « cultivé ») tandis que les verbes utilisés – savoir, connaître, comprendre, défendre, inventer –, qui reçoivent quant à eux des adverbes mélioratifs comme expansion (« vite », « merveilleusement »), renvoient tous au champ sémantique du savoir, de la connaissance, de la science, de l’intelligence… de l’esprit. À côtéde cet « abyme de science » (comme l’aurait dit Rabelais), qui pourrait d’ailleurs rivaliser avec tous les Pantagruel et les Gargantua de l’univers, les hommes font bien piètre figure. C’est à peine si le narrateur condescendra à nommer clairement la terre qu’ils habitent. Il recourra, en effet, à diverses périphrases dévalorisantes pour (ne pas) la nommer. Il s’agira tantôt de « notre globe »...
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