Allemagne

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 11 (2532 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 9 septembre 2009
Lire le document complet
Aperçu du document
En l’absence de texte francophone sur l’Autonomie allemande, je m’appuierai ici essentiellement sur l’analyse qu’en ont fait Thomas Schultze et Almut Gross dans leur ouvrage Die Autonomen. Ursprünge, Entwicklung, und Profil der autonomen Bewegung [1] paru en 1997 aux éditions Konkret Literatur.

En Allemagne, le mouvement autonome n’émerge réellement qu’à partir de 1980. Il apparaît cependantdès 1973 en prenant exemple comme en France sur le mouvement italien. Le contexte politique dans lequel se trouve alors l’extrême-gauche allemande est particulier : depuis 1957, et jusqu’en 1981, le Parti Communiste Allemand est interdit et certains de ses militants sont même incarcérés. De plus, il n’existe en RFA qu’un seul syndicat : la DGB (Confédération Allemande des Syndicats). Comme dansla plupart des pays occidentaux, on assiste cependant à une émergence de l’extrême-gauche à partir de 1966 avec la radicalisation des mouvements étudiants : APO (opposition extra-parlementaire) et SDS (Fédération Socialiste Allemande des Etudiants). Les mouvements anarchistes et maoïstes atteignent alors leur apogée entre 1970 et 1972 parallèlement à l’apparition de groupes de lutte armée :Tupamaros-Berlin-Ouest (1968), Fraction Armée Rouge (RAF, 1970), Revolutionäre Zellen (Cellules Révolutionnaires, 1970), et Mouvement du 2 Juin (1971).

C’est dans ce contexte qu’apparaissent en 1973 les premiers groupes autonomes allemands. Comme en France et en Italie, ils sont issus de la décomposition des groupes anarchistes et maoïstes (K-Gruppen). Ces premiers groupes autonomes s’investissentprincipalement dans le mouvement antinucléaire, dans les premiers squats politiques, et dans les groupes de quartiers. Certains d’entre eux prennent aussi exemple sur l’opéraïsme italien en organisant des groupes de chômeurs et de précaires et en tentant de lancer des grèves sauvages. Mais dès 1976, le mouvement commence à s’effondrer sous les coups de la répression qui frappe alors les squats,dont les habitants sont suspectés d’appartenir à des groupes de lutte armée. Ce premier mouvement autonome disparaît avec la répression qui s’abat sur toute l’extrême-gauche allemande à l’automne 1977 suite à l’action de la RAF : enlèvement du président du patronat, Hans Martin Schleyer, et détournement d’un avion de la Lufthansa sur Mogadiscio par un groupe de Palestiniens. Le 18 octobre, uncommando d’élite de la police allemande libère les passagers de l’avion en tuant trois des quatre preneurs d’otages. Le même jour, les autorités allemandes annoncent la mort de trois militants de la RAF à la prison de Stammhein : Andreas Baader, Gudrun Ensslin, et Karl Jaspe. Le lendemain, la RAF annonce avoir exécuté Hans Martin Schleyer.

Face à cette crise politique, les autorités allemandesdécrètent l’état d’urgence pendant plusieurs mois : la Constitution et les libertés démocratiques sont provisoirement suspendues. L’extrême-gauche allemande s’effondre sous le poids des mesures répressives. Les militants sont interdits de travail dans la fonction publique et la DGB refuse de syndiquer les communistes. C’est seulement en 1980 que l’extrême-gauche renaît de ses cendres avec l’émergencedu mouvement autonome. Le mouvement autonome réapparaît alors dans un contexte tout à fait nouveau : le Parti Communiste est ainsi à nouveau autorisé en 1981. Dans le même temps, une nouvelle organisation politique voit le jour : le mouvement des Verts, à la fois pacifiste et écologiste, et qui recycle la plupart des gauchistes des années 70 dans une stratégie électoraliste. Le mouvement autonomeallemand va alors regrouper la plupart de ceux qui se reconnaissent encore dans une stratégie révolutionnaire.

Les autonomes allemands développent le concept de Massenmilitanz (« violence de masse »), principalement à partir de trois luttes : le mouvement antinucléaire, les squats, et l’antimilitarisme. Des jeunes chômeurs, dont certains issus du mouvement punk, se joignent aux militants...
tracking img