Altérité et énonciation visuelle

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  • Publié le : 13 avril 2011
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Altérité et énonciation visuelle

Omniprésente et indéfinissable sinon par son opposition avec l’identité, la notion d’altérité semble partout également pertinente. Il convient donc de délimiter le champ d’application dans lequel nous proposons d’en considérer les valeurs – ici il s’agira de la perception et de l’esthétique – et d’examiner le mode de traitement que recommandent les approchesthéoriques et méthodologiques qui la prennent en charge – soit ici la sémiotique. Dans le cadre disciplinaire choisi, s’agit-il de la réduire par la recherche de cohérence, de la maîtriser par l’analyse ou d’en exacerber, rhétorique à l’appui, les valeurs oppositives ?
L’étude de l’altérité interrogeant ainsi les pratiques descriptives et analytiques ainsi que leurs enjeux, nous considéreronsd’abord la place qu’occupe l’altérité dans la sémiotique de tradition européenne, greimassienne et parisienne, puis le traitement tensif que celle-ci propose de l’opposition fondatrice et fondamentale altérité-identité. Dans le cadre méthodologique ainsi dressé, quelle place et quelle fonction accorder à l’altérité dans une sémiotique de l’énonciation visuelle et de l’esthétique ? Comment décrire lesformes de l’altérité que sont le paradoxe et les tensions contradictoires perceptibles dans les œuvres d’Outrenoir de Pierre Soulages et sur lesquelles insistent les critiques et commentateurs de ces oeuvres ?

1. L’altérité en sémiotique
Qu’en est-il de l’altérité en sémiotique greimassienne ?
Dans le premier tome du Dictionnaire d’A.J. Greimas et J. Courtés paru en 1979, l’article consacré àl’altérité est relativement réduit, mais les renvois aux notions d’identité et de différence permettent de mesurer son importance dans le système sémiotique.
L’altérité est d’abord présentée comme un concept non définissable qui s’opposerait à un autre du même genre : l’identité. Le couple identité et altérité serait interdéfini par une relation de présupposition réciproque. Quant aux opérationsimpliquées, il s’agit de l’identification censée statuer sur l’identité de plusieurs objets et de la distinction par laquelle on reconnaît leur altérité (1979 : 13).
Dans l’article Identité (1979 : 178-79), l’importance sémiotique du couple identité-altérité est plus explicite : il serait indispensable pour fonder la structure élémentaire de la signification. De même, dans l’article sur ladifférence (1979 : 100), on peut lire que la saisie intuitive de la différence, d’un écart entre grandeurs serait, depuis Saussure, la première condition à l’apparition du sens. Outre le passage des opérations d’identification-distinction à la saisie intuitive de la différence qui laisse entendre un degré d’assomption et de maîtrise intentionnelle différent, cette nouvelle définition insiste sur larelation de présupposition qui régit fondamentalement ce couple interdépendant : la différence ne pourrait être reconnue que sur un fond de ressemblance qui lui servirait de support, tandis que l’identité ou l’identification d’objets présuppose leur altérité qui les rend d’abord distincts. L’un n’allant pas sans l’autre, autant dire que le point de vue est fondamental, puisque c’est lui qui faitprévaloir la différence ou la ressemblance et les motifs qui les régissent.
Notons enfin que, si le couple identité-altérité et celui différence-ressemblance diffèrent par les opérations ou modes de saisie impliqués, le premier désignerait une catégorie et le second la relation présupposée, d’après les auteurs du Dictionnaire qui écrivent : Ainsi, c’est en postulant que différence et ressemblance sontdes relations (saisies et/ou produites par le sujet connaissant) susceptibles d’être réunies et formulées en une catégorie propre, celle de l’altérité/identité, qu’on peut construire, comme modèle logique, la structure élémentaire de la signification (1979 : 100). La différence et la ressemblance formeraient ainsi l’altérité et l’identité, ou en d’autres termes les valeurs d’écart, de...