Amant magnifique

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  • Publié le : 28 juillet 2010
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LES AMANTS MAGNIFIQUES Comédie

PERSONNAGES DE LA COMÉDIE ARISTIONE, princesse, mère d'Ériphile. ÉRIPHILE, fille de la princesse. CLÉONICE, confidente d'Ériphile. CHORÈBE, de la suite de la princesse. IPHICRATE, TIMOCLÈS, amants magnifiques. SOSTRATE, général d'armée, amant d'Ériphile. CLITIDAS, plaisant de cour, de la suite d'Ériphile. ANAXARQUE, astrologue. CLÉON, fils d'Anaxarque. UNE FAUSSEVÉNUS, d'intelligence avec Anaxarque. La scène est en Thessalie, dans la délicieuse vallée de Tempé. ACTE I, SCÈNE PREMIÈRE SOSTRATE, CLITIDAS. CLITIDAS. — Il est attaché à ses pensées. SOSTRATE. — Non, Sostrate, je ne vois rien où tu puisses avoir recours, et tes maux sont d'une nature à ne te laisser nulle espérance d'en sortir. CLITIDAS. — Il raisonne tout seul. SOSTRATE. — Hélas! CLITIDAS. —Voilà des soupirs qui veulent dire quelque chose, et ma conjecture se trouvera véritable. SOSTRATE. — Sur quelles chimères, dis-moi, pourrais-tu bâtir quelque espoir, et que peuxtu envisager, que l'affreuse longueur d'une vie malheureuse, et des ennuis à ne finir que par la mort? CLITIDAS. — Cette tête-là est plus embarrassée que la mienne. SOSTRATE. — Ah! mon cœur, ah! mon cœur, où m'avez-vousjeté? CLITIDAS. — Serviteur, Seigneur Sostrate. SOSTRATE. — Où vas-tu, Clitidas?

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CLITIDAS. — Mais vous plutôt que faites-vous ici, et quelle secrète mélancolie, quelle humeur sombre, s'il vous plaît, vous peut retenir dans ces bois, tandis que tout le monde a couru en foule à la magnificence de la fête, dont l'amour du prince Iphicrate vient de régaler sur la mer la promenade desprincesses; tandis qu'elles y ont reçu des cadeaux1 merveilleux de musique, et de danse, et qu'on a vu les rochers et les ondes se parer de divinités pour faire honneur à leurs attraits? SOSTRATE. — Je me figure assez sans la voir cette magnificence, et tant de gens d'ordinaire s'empressent à porter de la confusion dans ces sortes de fêtes, que j'ai cru à propos de ne pas augmenter le nombre des importuns.CLITIDAS. — Vous savez que votre présence ne gâte jamais rien, et que vous n'êtes point de trop en quelque lieu que vous soyez. Votre visage est bien venu partout, et il n'a garde d'être de ces visages disgraciés, qui ne sont jamais bien reçus des regards souverains. Vous êtes également bien auprès des deux princesses; et la mère, et la fille vous font assez connaître l'estime qu'elles font devous pour n'appréhender pas de fatiguer leurs yeux; et ce n'est pas cette crainte, enfin, qui vous a retenu. SOSTRATE. — J'avoue que je n'ai pas naturellement grande curiosité pour ces sortes de choses. CLITIDAS. — Mon Dieu! quand on n'aurait nulle curiosité pour les choses, on en a toujours pour aller où l'on trouve tout le monde, et quoi que vous puissiez dire, on ne demeure point tout seul pendantune fête à rêver parmi des arbres comme vous faites, à moins d'avoir en tête quelque chose qui embarrasse. SOSTRATE. — Que voudrais-tu que j'y pusse avoir? CLITIDAS. — Ouais, je ne sais d'où cela vient, mais il sent ici l'amour; ce n'est pas moi. Ah! par ma foi c'est vous. SOSTRATE. — Que tu es fou, Clitidas. CLITIDAS. — Je ne suis point fou, vous êtes amoureux, j'ai le nez délicat, et j'ai senticela d'abord. SOSTRATE. — Sur quoi prends-tu cette pensée. CLITIDAS. — Sur quoi? Vous seriez bien étonné si je vous disais encore de qui vous êtes amoureux. SOSTRATE. — Moi? CLITIDAS. — Oui, je gage que je vais deviner tout à l'heure2 celle que vous aimez. J'ai mes secrets aussi bien que notre astrologue, dont la princesse Aristione est entêtée3; et s'il a la science de lire dans les astres lafortune des hommes, j'ai celle de lire dans les yeux le nom des personnes qu'on aime. Tenez-vous un peu, et ouvrez les yeux. É, par soi4, é; r, i, ri, éri; p, h, i, phi, ériphi; l, e, le: Ériphile. Vous êtes amoureux de la princesse Ériphile.

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SOSTRATE. — Ah! Clitidas, j'avoue que je ne puis cacher mon trouble, et tu me frappes d'un coup de foudre. CLITIDAS. — Vous voyez si je suis savant?...
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