Amelie nothomb

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  • Publié le : 8 décembre 2011
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En lisant la première phrase de ce roman d’Amélie Nothomb, « Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus ; il leur en fallut le spectacle », nous sommes interpellés par ce « leur ». A qui faut-il le spectacle de la souffrance des autres ? Le roman introduit d’emblée une foule anonyme de spectateurs, qui ont besoin de voir, qui sont proies d’une addiction sans fin. Desspectateurs que l’on imagine ...en souffrance. Dans leur anonymat. Dans leur masse de laquelle aucune personne n’a d’espoir de pouvoir se détacher comme « quelqu’un ». Ce « leur » de la première phrase du roman est très chargé, il désigne une avidité spéciale sans laquelle le dispositif du camp de concentration que raconte le roman n’aurait aucun sens.
De cette masse en souffrance, si avide d’un événementdans l’immobilité anonyme de leur vie, se détachent les autres, à qui il arrive quelque chose, cette souffrance par laquelle, paradoxalement, ils cessent d’être en souffrance. La mise en spectacle de cette souffrance à laquelle il est impossible d’échapper- à partir de rafles qui les enferment dans un camp de concentration où les tortures verbales et physiques et surtout les mises à mort serontfilmées par les caméras de la télévision - si avidement désirée par la masse anonyme des spectateurs, semble être comme une accélération d’un processus de sortie radicale qui est la fantaisie mise en acte d’une prise en mains des corps violente et définitive, une scène d’érotisme total, une scène d’arrachage. Les spectateurs veulent voir, c’est cela que nous lisons entre les lignes du romand’Amélie Nothomb, le spectacle de leur naissance comme la mort à leur état d’anonyme dans le ventre de l’ombre. Le spectacle des tortures et de la mise à mort est la preuve que « ça » prend en mains, que « ça » saisit le corps, qu’il y a sous cette forme spéciale d’érotisme sado-masochiste un désir de prendre en main des corps pour les arracher lentement et sûrement, pour les accoucher par procuration. Il ya cet érotisme : partout, tout autour, « ça » laisse en souffrance, « ça » laisse dans le ventre matriciel de l’anonymat, mais aussi, « ça » prend en mains pour infliger la souffrance totale, la jouissance définitive. Tout autour, « ça » a le pouvoir d’abandonner au ventre de l’ombre, mais aussi, « ça » a le pouvoir de prendre dans des rafles et de sortir du virtuel cette souffrance. Tant depouvoir sur les corps et les âmes en souffrance. Occulte instance toute puissante. Et aussi, jouir d’être entre ses mains...Dans son ventre...
En négatif de ce roman racontant le spectacle de la souffrance, nous avons envie de lire entre les lignes le pourquoi de ce dispositif semblable à un camp de concentration, avec ses rafles, ses kapos, ses tortures et ses mises à mort, tout ceci devant lescaméras de la télévision. Nous avons donc envie de nous tourner vers ceux que le roman ne fait pas apparaître. Ces spectateurs, donc. Car ce que cette télé spéciale leur offre comme spectacle, celui de la mise à mort après de subtiles tortures télégéniques, c’est celui de leurs fantaisies sado-masochistes. Le spectacle d’une mort violente métaphore d’une naissance pendant laquelle ça prend en mains lecorps de toutes parts d’une manière torturante et incessante jusqu’au bout, jusqu’à la sortie n’évite-t-il pas à ces spectateurs de naître vraiment ?
D’une part, très grande passivité de ces spectateurs. Se fondant dans la masse comme dans les parois matricielles. Ils ne se plaignent pas vraiment d’être en souffrance. Leur cerveau est très paresseux. Ils sont habitués à être pris en charge. Ilsaiment ce qui s’occupe d’eux. Mais leur addiction demande encore, encore, encore. Ils sont dans un ventre, passifs, en souffrance, et grandit leur besoin de craindre que ça leur arrive à eux, d’être raflés, besoin que la souffrance virtuelle se précipite, cela pourrait être moi...les mains des kapos pourraient saisir mon corps, la menace se tapie partout, la prochaine rafle me fera peut-être...
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