Analyse de "jonas ou l'artiste au travail" de camus (l'exil et le royaume)

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  • Publié le : 28 juillet 2010
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ROM 1525A : Explication d'auteurs français des Temps Modernes : textes narratifs

Delreux
Jean-Edouard                                                                                                    Janvier 2008
ROM Bac 13

       L'absurde dans "L'Etranger" et "Jonas ou l'artiste au travail"

         I. Introduction   
           Tout comme "L'étranger" est d'abord le récit d'unmeurtre, "Jonas ou l'artiste au travail" se veut la mise en scène du délire maniaque d'un artiste-peintre. Mais les deux récits relèvent tous deux d'une symbolique beaucoup plus fondamentale. Ils sont le récit littéraire de la pensée absurde, cette philosophie camusienne dont le "Mythe de Sisyphe" jette les fondements théoriques.
           Ainsi, les héros respectifs de ces deux récits évoluentdans une dualité conflictuelle : ce sentiment d'absurdité issu de la rencontre entre le monde et les hommes. Cette dualité explique la récurrence du nombre "2" : l'homme et le monde, l'exile et le royaume, l'homme absurde et les autres, les couples Jonas-Louise et Merseault-Marie, deux lectures possibles, deux significations au tableau de Jonas, deux couloirs dans l'appartement, etc.
           Les deux récits partagent en outre la même structure narrative puisque tous deux s'organisent en trois parties : les habitudes de l'avant-révolte, la révolte elle-même, et l'après-révolte qui aboutit à l'équilibre. On voit d'ailleurs la mise en abîme de cette organisation textuelle : dans "L'étranger", le parloir est divisé en trois, on voit le couple Merseault-Marie-Raymond tandis que dans "Jonas",il y a trois enfants, trois pièces dans l'appartement, le couple Jonas-Louise-Rateau, etc.
          C'est selon cette organisation tripartite de la dualité que je vais analyser la progression de Jonas et Merseault dans leur quête d'absurdité.
 
          II. Le temps de l'insouciance  
          Jonas comme Merseault commencent leur existence dans l'insouciance et les habitudes. Jonas estun privillégié : il est aidé par son étoile, ses parents, Rateau et Louise. "Aux êtres et aux circonstances ordinaires de la vie, il ne réservait qu'un sourire bienveillant qui le dispensait d'en prendre souci" (p.106).  Il possède pourtant déjà en lui ce sentiment d'absurdité, mais implicitement. Il le ne le vit ni ne le comprend. Par contre, il "peint comme s'il le savait" (p.136). Cette forceabsurde est symbolisée par son étoile. Il ne vit pas vraiment : tous ses actes sont dictés par elle, il vit en quelque sorte par procuration, comme un homme, de la même manière qu'il laisse Louise gérer sa vie. Cette étoile absurde qui agit en lui au travers de ses peintures fait référence à l'artiste qui, d'une manière générale, peint des choses dont il ne mesure pas la portée, l'artiste commerelais entre deux mondes, le monde des hommes et le monde divin, l'envers et l'endroit.
          Au début du récit, Jonas n'a pas encore pris conscience de l'absurde. Il participe encore au théâtre des hommes. Comme dans "L'étranger" (dans le bureau du juge ou lors du procès), on retrouve de nombreuses allusions au théâtre.
          L'appartement tout d'abord : "la lumière blanche etviolente"(p.111) se veut l'évocation du projecteur qui éclaire la scène de l'appartement et aveugle les personnages enfermés dans les habitudes. La grande pièce ne possède pas de "rideaux" (p.110,111,127), également relatifs au théatre, qui pourraient les amener à plus de lucidité. Enfin, La fenêtre de l'appartement donne sur d'autres fenêtres qui laissent entrevoir d'autres fenêtres encore. L'appartementapparait ainsi comme la mise en abîme de l'absurde condition humaine, une scène dont le temps se révèlerait le despotique metteur en scène.
          Ensuite, on voit la récurrence de termes tels que "jouer", "faire mine de", "rôle", "passer pour tel". On se situe bien dans le registre du jeu et de l'apparence dans lesquels Jonas est enlisé.
          Enfin, l'appartement est le théâtre...
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