Analyse : dimension romanesque de dom juan aux enfers - baudelaire

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  • Publié le : 29 mars 2011
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« Don Juan aux enfers » Vous étudierez la dimension romanesque de ce texte.

Baudelaire et ses Fleurs du mal font partie des « classiques » de la poésie française. Le recueil, ouvert par la section « spleen et idéal » dont est extrait le poème « Don Juan aux enfers », est dominé par une double tendance : l’idéal et l’élévation vers la Beauté d’un côté, le spleen et la noirceur de l’autre. Ici,le texte joue d’emblée sur un effet d’intertextualité déroutant : le poème met en son cœur une figure dramatique, empruntée au théâtre classique, Dom Juan. On y reconnait cependant la marque baudelairienne avec la plongée de ce héros de la comédie sérieuse dans les enfers. Mais ce n’est pas là la seule « anomalie » de ce poème : sa forme et les registres en jeu le rendent « romanesque », au doublesens du terme. Nous étudierons donc l’aspect doublement romanesque de ce poème, tant du fait de sa forme narrative, que dans le sens commun du terme, son aspect fantasque, extraordinaire, spectaculaire, c’est-à-dire fait pour marquer le lecteur. Dans un dernier temps il s’agira de comprendre le but de cette narrativisation et mise en images d’un poème.

Ce poème est « romanesque » au senslittéraire du terme, c’est-à-dire qu’il prend la forme d’un récit de roman. Il se présente sous la forme d’une narration, avec une accumulation de quatrains, hors de toute forme fixe, qui donne une impression de succession, de linéarité propice à l’étalement d’un récit. Il fait apparaître un cadre spatio-temporel facilement identifiable, avec le lieu présent dès le titre (« aux enfers ») et le tempsdonné dès le vers liminaire avec la proposition circonstancielle de temps qui ouvre le poème : « Quand Don Juan descendit… ». Il s’appuie sur l’emploi traditionnel du duo passé simple (« descendit »)/ imparfait (« se tenait à la barre ») , typique des narrations au passé. Ce poème comme un roman fait la part belle à un personnage alors appelé protagoniste principal ou héros. Ici le héros éponyme(comme dans la pièce de Molière) donne son nom au titre du poème (« Don Juan aux enfers »), tout entier rédigé à la troisième personne. L’énonciation est donc elle aussi caractéristique des récits. Il s’agit enfin d’un récit basé sur une histoire fictive, ce qui rattache une nouvelle fois ce poème à une logique de roman, en s’appuyant largement sur l’imagination et la tradition littéraire, plus quesur une prétention de réalisme. Ce poème est également romanesque au sens contemporain et commun du mot. Le terme de « romanesque » est en effet passé dans le langage courant mais avec le sens de « fantasque », « extraordinaire », « spectaculaire ». on parle ainsi de « vie romanesque », « destin romanesque », c’est-à-dire digne d’un héros de roman, une vie ou un destin remplis, où les péripétiessont nombreuses et les figures héroïques et marquantes. Ici, le spectaculaire est au cœur du poème, ne serait-ce que parce que l’image est ellemême privilégiée. Le champ lexical de la vue ouvre et clôture le poème (« œil fier » / « ne rien voir ») tandis qu’à l’intérieur du poème d’autres échos visuels se multiplient :le « noir firmament » s’oppose au « front blanc »qui lui-même se retrouve, par unjeu d’allitérations et quasi assonances, dans le « flot noir ». Les verbes de la vue sont quasiment tous présents : voir, regarder, montrer. Ce poème se présente comme une scène vivante , grâce à l’emploi de nombreuses propositions participiales qui évitent de re-temporaliser le récit (en l’enfermant dans du passé

simple ou imparfait de verbes conjugués) : « riant », «courbé », « tremblant », «offertes ». Participes passés ou présents, ils ont tous vocation à ménager une pause descriptive ( ce que confirme l’emploi de nombreux imparfaits de description) dans le récit, afin de le figer et d’en faire une scène qui saisit le lecteur-spectateur. Un dernier moyen pour rendre ce récit prenant et marquant, est de le peupler d’images connues ou familières, telles que l’imagination des...
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