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  • Publié le : 2 juin 2011
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Baudelaire : Les Fleurs du Mal

Obsession

Introduction

Il n’est pas étonnant que la nature, source de toute vie, offre l’un des thèmes esthétiques les plus riches. Les Anciens adoraient en elle la force magique des éléments, et la plupart des peintres et poètes y découvrent l’âme des choses, l’unité première en déchiffrant ses signes comme des savants inspirés. Ainsi une harmonieaffective s’établit entre la nature et le poète qui projette en elle ses fantasmes.
Mais si Rousseau et certains Romantiques trouvent dans son asile l’oubli et la plénitude, Baudelaire l’assombrit et semble ne nous peindre ses fleurs que pour mieux évoquer le Mal.
La nature est présente dans son poème « Obsession » mais ce n’est pas le vallon ou le lac de Lamartine. Quelle force mauvaisesemble étouffer toute forme de vie à sa source ? Quel poison ronge l’âme du poète fermé à la beauté ?

ETUDE :

I/ Un choix d’images obsessionnelles

Le poème repose sur une progression dans le noir.

Parallèlement, plus l’univers s’élargit des bois à l’horizon infini, plus le poète se ferme sur la nuit.

1/ Les bois

· « Grands bois » (v1) : le regard suit verticalement leurslongs fûts semblables aux colonnes d’une cathédrale. L’adjectif « grands » suggère une couleur humide, une atmosphère sourde, fermée, sombre.

· « hurlez » (v.2) : sons qui déchirent l’âme comme l’oreille, grâce au hiatus et l’allitération en « r » et le prolongement de la rime féminine. Le verbe « hurler » évoque quelque chose de bestial comme le hurlement d’une bête fauve.

·Le poète dépeint un univers lugubre, fermé, sinistre. La sérénité de la cathédrale est violée par le vent.
2/ L’océan

· Il symbolise l’infini horizontal.

· On retrouve cette idée de gouffre aux sons lugubres.

· Pourtant l’océan est plus souvent symbole de vie, de purification, d’élan vers l’infini.

· Les Anciens voient dans l’eau l’origine deschoses. (cf. Novalis « le fluide originel »). Rousseau jouit dans sa contemplation du « sentiment de sa propre existence » et que Hugo fait de « L’Eclaircie » sur la mer le symbole de la fécondité puisque « l’Océan resplendit sous sa vaste nuée ....Tout est doux, calme, heureux apaisé ; Dieu regarde ».

· Baudelaire, lui, est ignorant de cet état de grâce de la nature réunifiée. Il ne voitdans l’océan que la force déchaînée, le grondement, le déferlement des vagues étant évoqués par le heurt saccadé des explosives.

· Il ne s’écrit plus « Homme libre toujours tu chériras la mer » mais l’assimile à une puissance destructrice. L’océan « monstrueux » ne sourit pas comme dans le poème de V. Hugo, il rit d’un rire sardonique comme un défi grinçant, l’ironie sournoise del’allitération en « r » éveillant l’angoisse sourde.

· Ainsi on note un contraste entre la dimension infinie de l’espace (cf. « grands », « énorme ») et l’impression croissante d’écrasement, de piège.
3/ La nuit

· On peut remarquer une gradation vers le noir absolu.

· Baudelaire reprend le cliché de la menace que la nuit représente mais il refuse paradoxalement ce queles hommes recherchent en elle, la lumière.

· En effet, le lieu commun de l’étoile, depuis celle du Berger, jusqu’à celle de Venus, évoque l’espoir, l’idéal, une forme de salut.

· Le noir correspond traditionnellement à la mort et la lumière dans la nuit nous fait penser à la vie. Par exemple Hugo écrit dans « Stella » extrait du recueil Les Châtiments : « Je suis cellequ’on croit dans la tombe et qui sort... Je suis le caillou d’or et de feu que Dieu jette comme avec une fronde, au front noir de la nuit. Je suis ce qui renaît quand le monde est détruit ».

· Or ici, « la lueur d’espoir est détruite avant même d’être vécue par le conditionnel : « Comme tu me plairais ».

· L’hymne lyrique meurt de lui-même, détruit par la sècheresse de la...
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