Analyse du conte "le tic", guy de maupassant

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  • Publié le : 7 octobre 2010
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« Le tic » de Maupassant :
La survivance du trouble à travers
l’acte de narration

Au XIXème siècle, le genre fantastique connaît un essor considérable. Guy de Maupassant est l’un des auteurs les plus représentatifs de ce courant. Le plus souvent, ses contes et nouvelles se caractérisent par l’irruption du surnaturel dans le monde réel et la possibilité d’une double interprétation. « Lefantastique, c'est l'hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles face à un événement en apparence surnaturel »[1]. Cette définition, bien qu’elle convienne à la plupart des récits de Maupassant, ne vaut pas tout à fait pour le conte « Le tic ». Précisément, ce dernier donne la possibilité au lecteur d’expliquer le phénomène fantastique et ne se termine pas par unquestionnement sans réponse comme dans les autres contes. En effet, l’état cataleptique dans lequel se trouve Juliette avant d’être ranimée est un fait observé et saisi par les scientifiques au XIXème siècle ; l’hypnose est expérimentée sur des patients qui entrent en catalepsie ou en léthargie. Cette suppression volontaire et momentanée des mouvements du corps est un potentiel humain et n’a donc rien desurnaturel. « L’extraordinaire puissance terrifiante d’Hoffmann et d’Edgar Poe vient de cette habileté savante, de cette façon particulière […] de troubler, avec des faits naturels où reste pourtant quelque chose d’inexpliqué et de presque impossible »[2]. Ainsi, ce qui importe dans « Le tic », c’est la visée perturbatrice du phénomène fantastique et la création d’une impression d’incompréhensionfondée sur un « fait naturel ». Il n’y a aucune mise en scène d’hésitation entre deux explications. L’intrigue du conte « Le tic » repose sur une  maladie physique expliquée. Pourtant, le trouble se répand dans l’esprit du lecteur. Comment Maupassant parvient-t-il à ce résultat ? Toutes ses nouvelles révèlent des stratégies stylistiques et narratives visant cet objectif mais dans « Le tic », leur rôleest particulièrement important car c’est à travers elles que l’incertitude survit. Ces procédés sont repérables dans tout le conte et dans l’extrait ; le passage débute par le nœud de l’histoire (l. 1, « Combien s’écoula-t-il d’heures ») et c’est dans ce dernier que la sensation d’étrangeté atteint son paroxysme : le père explique au personnage-narrateur que sa fille s’est réveillée alors qu’onl’avait enterrée. Il s’agit du moment le plus important, le plus fascinant du récit. Par conséquent, les outils narratifs s’attachant à troubler le lecteur y sont abondamment utilisés. L’analyse consistera à découvrir et à développer plusieurs de ces méthodes rédactionnelles qui d’une part installent une ambiance étrange d’un bout à l’autre du conte et d’autre part permettent de « faire survivre » lesentiment de malaise chez le lecteur. Nous observerons leur fonctionnement dans l’entier du conte ainsi que dans l’extrait.

Dans ses contes, Maupassant a souvent recours à un récit encadré à l’intérieur duquel des faits étranges sont racontés par des personnages atypiques. Dans le « Le tic », celui-ci commence lorsque le père devient le narrateur à la page 159 (« Voici l’aventure. »). Cettetechnique rend les faits plus vraisemblables et l’impact sur le lecteur est d’autant plus efficace que ce dernier se sent alors plus concerné par l’histoire du personnage. C’est une manière indirecte de relater des événements qui permet au trouble de surgir avec d’autant plus d’intensité. Dans ce même but, des présages ou des annonces du phénomène fantastique sont déjà observables dans lerécit-cadre. Nous pouvons les repérer à travers des indices textuels ; la référence à Edgar Poe à la page 156 n’est pas anodine (« Ils me firent l’effet, tout de suite, de personnages d’Edgar Poe »). Elle présuppose une continuation insolite du récit, puisque Poe est connu pour ses histoires extraordinaires. La description de la fille à la page 157 sert le même dessein (« Elle était assez jolie, cette...
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