Analyse une vie de maupassant

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  • Publié le : 21 février 2010
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Analyse

Intérêt de l’action

Ce premier roman de Maupassant fut celui dont la maturation et la genèse furent les plus longues. Vraisemblablement entreprise au printemps 1878, la rédaction initiale prévoyait une intrigue plus complexe, des personnages plus nombreux. Mais il se rendit très vite compte de la difficulté à « mettre en place quelque chose » et à ménager « les transitions ».Peut-être était-il aussi gêné par le sujet qui touchait à de douloureux souvenirs d’enfance, le destin de Jeanne de Lamare étant similaire à celui de sa propre mère. Il ne pouvait du premier coup prendre le recul sans quoi il n’est pas de bonne création romanesque.
Aussi, après une phase d’abandon du projet (fin 1878-début 1881), concentra-t-il plus rigoureusement l’action autour du seul personnage deJeanne, évinçant tout ce qui pouvait nuire à l’unité de son roman. À partir du printemps de 1881, la rédaction se fit en parallèle avec celles de nouvelles qu’il essaimait dans les journaux et dont les sujets, voire la forme même, apparaissent comme des « brouillons » de chapitres d’’’Une vie’’ : ‘’Par un soir de printemps’’ (7 mai 1881 dans ‘’Le Gaulois’’, repris dans ‘’Le père Milon’’, 1899)évoque la promenade de Jeanne et de Julien au chapitre 4 ; ‘’Histoire corse’’, (1er décembre 1881 dans ‘’Le Gaulois’’) contracte le récit de Paoli Palabretti au chapitre 5 ; ‘’Le saut du berger’’ (9 mars 1882 dans ‘’Gil Blas’’, repris dans ‘’Le père Milon’’) présente « un jeune prêtre austère et violent », véritable préfiguration de l’abbé Tolbiac, qui accomplit à la fois le meurtre des amants confiéau comte de Fourville et le massacre de la chienne en gésine par l’ecclésiastique dans le roman (chapitre 10) ; ‘’Vieux objets’’ (29 mars 1882 dans ‘’Gil Blas’’) apparaît comme une esquisse de la rêverie de Jeanne au chapitre 12, de même que ‘’La veillée’’ (7 juin 1882 dans ‘’Gil Blas’’, repris dans ‘’Le père Milon’’) annonce celle du chapitre 10. Des nouvelles au roman (ou vice versa) l’échangefut constant, traduction à la fois de l’unité d’inspiration de l’écrivain et de sa volonté de parvenir à une parfaite adéquation de la forme et du fond. Un tel « chantier » n’est d’ailleurs pas le seul chez Maupassant : on en retrouve un dans le cas du ‘’Horla’’.
D’autre part, il supprima des épisodes dont certains trahissaient la présence trop marquée de Flaubert, le maître, qui lui avaitprodigué ses conseils, avait encouragé son projet d’un «livre sur rien», d’« une tranche de vie », d’une œuvre en grisaille où le ressassement du temps et le vide de la conscience chez le personnage principal mettent en cause la notion même d’intrigue et celle d’héroïne romanesque.
Le titre indique que le livre est une biographie et marque bien le passage de Maupassant de la nouvelle (sorte d’instantanéde la vie) au roman (qui s’inscrit dans la durée, couvre une trentaine d’années). Mais, cette vie n’étant même pas qualifiée, il annonce une platitude extrême, une banalité que renforce l'épigraphe «L'humble vérité», qui est tout à fait dans l’esprit des romanciers réalistes. Le personnage n’est pas nommé alors qu’à la même époque on trouve des titres tels que “Madame Bovary”, “GerminieLacerteux”, “Thérèse Raquin”, etc.. Mais ces femmes sont des héroïnes au sens dynamique du terme, qui agissent, qui mènent combat, alors que Jeanne est une anti-héroïne. En fait, le mot « vie » est à prendre comme une antiphrase, car la vie de Jeanne de Lamare n’est pas une vie. Sa destinée suit une courbe en creux que marque bien l’ordre des chapitres. Fondé sur une inaptitude de l’être à sentir le présent,‘’Une vie’’ est le roman du non-vécu et (qui sait?) peut-être de l’impossibilité de vivre.
En effet, dans ce roman en quatorze chapitres numérotés mais non titrés, l’intrigue s’efface au profit d’une série d’expériences : de l’amour, du mariage, de l’adultère, de la maternité. La trame narrative linéaire est, selon la technique romanesque de Flaubert, une succession de tableaux qui joue...
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