Analyse d'oeuvre vincenzo campi / mangiaricotta mba lyon

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  • Publié le : 3 juin 2011
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Résumé Ricotta

Cette œuvre est intitulée « i mangiatori di ricotta » ou les « mangeurs de ricotta ». C’est une huile sur toile réalisée probablement au début des années 1580 par le peintre lombard Vincenzo Campi. Elle est restée dans l’atelier de Campi toute sa vie durant, avant d’être revendue plusieurs fois et enfin léguée au musée en 1875. Cette scène de genre a inspiré beaucoup d’artisteset plu à de nombreux commanditaires. Campi en a réalisé 5 copies. Celle-ci étant considérée comme l’originale.

Nous voyons quatre personnages : trois hommes robustes, sanguins, à la peau tannée, et aux dents sales qui engloutissent de la ricotta avec avidité. L’un remplit sa louche alors qu’il a encore la bouche pleine, l’autre porte sa cuillère à la bouche, le 3e glisse sa cuillère sous lefromage pour en prendre une énorme part. Le 4e personnage est une femme, assise sur une chaise face à la table qui supporte le plat de ricotta, et qui, la cuillère à la main, attend de se servir.
La scène se passe peut-être dans une auberge ou une taverne, et l’on suppose avec l’éclairage de la scène que nous sommes le soir. Et justement, la ricotta est un fromage frais du nord de l’Italie quiconstituait autrefois pour les moins fortunés, le plat du soir et que l’on accompagnait de pain aux raisins et de petit-lait.

Nos mangeurs de ricotta regardent tous le spectateur.
On peut se demander pourquoi ils nous fixent. Peut-être est-ce pour nous faire partager leur plaisir ou pour nous inviter à les rejoindre. Car après tout, avec ce festin, ils partagent un grand moment de convivialité,ils mangent dans le même plat, appartiennent à la même communauté (similitude des comportements, des vêtements, de leur constitution robuste), et il ne manque plus qu’un cinquième pour fermer le cercle. Le fait d’avoir un tableau situé à hauteur d’homme, avec des personnages de taille réelle, participe à cette invitation. Mais encore faut-il que le spectateur s’identifie à leur groupe.

Tous les4 semblent se réjouir d’une façon démesurée et rient à gorge déployée. Ne trouvez vous pas leurs rires communicatifs ? Parce que c’est peut-être au rire que Campi veut nous pousser avec cette buffoneria. Les personnages sont volontairement grossiers, ils peuvent faire penser aux zannis de la Comedia dell’arte née 50 ans auparavant. Le côté comique de ce théâtre résidait dans le ridicule et lesmonstruosités de la nature, les visages déformés... Ici, le plus âgé à la tonsure éparse s’apparenterait au pantalone ou au bouffon avec sa chemise au col à pointes, de même que le sot et le glouton avec leurs bonnets qui incarnent assez bien la stupidité. Ils ont leur pendant féminin avec la zagna, aux formes plantureuses, au large décolleté, au sourire qui en dit long et aux joues bien rouges. Ellepourrait être l’image d’une servante, de la tenancière de la taverne ou de la prostituée. Campi aimait peindre les personnages du petit peuple, en montrant la vérité crue et en refusant volontairement de les idéaliser. Le but était réaliste et ne visait pas à séduire. Il réalisait ces « pitture ridicole », avec un répertoire à la fois vulgaire et grotesque, pour susciter le rire.

Mais le rireest ici associé à la gourmandise. Or, la gourmandise est un des 7 péchés capitaux qui est fortement condamné par l’église. Le clergé l’assimile à la goinfrerie. Elle rabaisse l’homme à l’état d’animal et à ses plus bas instincts. Pour l’église, la gourmandise incarne par conséquent tout ce qui est vil en l’homme. Parce que la bouche excite les sens, la mastication anime le corps et entraîneforcément un autre péché, celui de la luxure. Vous noterez que la femme porte une bague à l’auriculaire gauche et un collier de grosses perles rouges. Les perles, volontairement grossières et foncées, sont caractéristiques des représentations des courtisanes. Et vous remarquerez que la lumière éclaire d’abord la ricotta (la gourmandise) avant de s’écraser sur la poitrine généreuse (la luxure).
Cette...
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