Analyse d'un passage des "mains sales" de sartre

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  • Publié le : 22 avril 2010
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Les Mains Sales, Jean-Paul Sartre
Tableau V, scène 3 (page 195)
Les deux héros qui s'affrontent dans Les Mains sales de Jean-Paul Sartre, Hoederer et Hugo, incarnent la dichotomie entre la théorie et la pratique de la révolution.
Il s’agit du premier véritable dialogue politique entre Hoederer et Hugo. Ce dialogue prend ainsi la forme d’une confrontation idéologique.
Une scèned’anticipation au service d’une double idée: exposer les idéologies et les projections du Parti, et remettre en question des fondements qu’Hugo, l’homme d’action, tenait pour acquis. L’introduction du doute.
La confrontation de deux manières de penser: qu’est-ce que cela peut apporter aux projets d’Hugo; remise en cause de certains sentiments?
Au début de la scène, 3 personnages sont présents:Hoederer, Hugo et Jessica; dans notre passage, la discussion devient un dialogue entre les deux « représentants » des deux camps qui sont censés s’affronter (même si Hoederer ignore tout cela). Jessica est « hors-jeu ».
Axe général d’étude du passage: comment, dans un premier temps, le débat sur les idées politiques s’engage et tourne à l’avantage d’Hoederer; puis dans un second temps, comment esttraitée la question du pouvoir par les deux protagonistes, à travers l’entrevue des conséquences possibles?
Premier fondement exposé dans la réplique d’Hoederer: « les partis révolutionnaires sont faits pour prendre le pouvoir »
un homme convaincu de ses positions, engagé dans sa lutte personnelle et à la fois au service du Parti. En contraste avec Hugo qui n’est pas encore assuré de sespositions. Hugo en face de lui est encore dans la perspective suivante à ce moment-là de la pièce: il a été engagé pour prouver ce qu’il vaut (afin d’éliminer Hoederer) au service du Parti (communiste).
La différence consiste en ceci que
Hugo pense trouver son identité en agissant pour le Parti et en étant (il l’espère!) reconnu pour ses actes engagés
Hoederer met son identité au service ducommunisme, il semble savoir d’emblée les positions qu’il adoptera.
Hugo, malgré son manque d’engouement à passer à l’acte, reprend l’argument d’Hoederer pour le réfuter; ainsi s’engage le débat entre eux deux. « Pour s’emparer [du pouvoir] par les armes. Pas pour l’acheter comme un maquignonnage. »
[Maquignonnage:
Métier de maquignon  personne qui use en affaires de moyens frauduleux,de procédés indélicats
Manœuvres frauduleuses employées dans les affaires et les négociations; marchandage sordide.]
Hugo semble ici dénoncer l’action contradictoire du Parti: cette extrême-gauche. Le communisme à la base se veut un parti au service d’une société sans classes sociales. Ici la lutte s’effectue de façon illégitime, pourrait-on dire, car c’est la force qui prend ledessus sur la raison. On observe ici un contraste avec ce que vient de dire Jessica dans la scène 2 du tableau V: « comment sais-tu que tes idées sont justes si tu ne peux pas le démontrer? » et « Pourquoi n’essaierais-tu pas de convaincre Hoederer? »
Le Parti n’est pas dans le dialogue, il est dans l’action. Lorsque quelqu’un gêne, on l’élimine. Hugo tente de se convaincre lui-même de la valeurde son acte. S’il n’élimine pas Hoederer par la force, les manigances de Jessica pour agir elle-même avec plus de tact mais d’une manière déviante ne pourront pas, semble-t-il, témoigner de l’engagement quelque peu « œil pour œil, dent pour dent » qu’il faut avoir dans le Parti.
Hugo reproche à Hoederer de n’être pas engagé « comme il le faudrait » (d’une certaine manière) car ce dernier n’estpas dans l’action pure, il est dans une espèce de détournement des principes. On peut d’ailleurs ici noter que la figure de Sartre ressort à travers Hoederer, parce que le personnage partage le pouvoir avec un parti, mais sans accepter pour autant les idées du Parti. Hoederer reste « en marge », tout comme Sartre n’avait pas adhéré directement au parti communiste en son temps.
La réplique...
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