Andre gide - si le grain ne meurt

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Édition du groupe « Ebooks libres et gratuits »

SI LE GRAIN NE MEURT

André Gide

(1926)

Table des matières PREMIÈRE PARTIE................................................................. 3
0 1

I .....................................................................................................4
1 1

II..................................................................................................29
2 2

III ................................................................................................ 55
3 2

IV................................................................................................ 80
4 2

V ................................................................................................ 105
5 2VI............................................................................................... 134
6 2

VII ............................................................................................. 162
7 2

VIII ............................................................................................ 182
8 2

IX............................................................................................... 1999 2

X ................................................................................................225
1 2

DEUXIÈME PARTIE ............................................................ 247
1 2

I ................................................................................................ 248
1 3

II............................................................................................... 284
1 3

APPENDICE..........................................................................324
1 3

À propos de cette édition électronique.................................326
1 3

PREMIÈRE PARTIE

–3–

I

Je naquis le 22 novembre 1869. Mes parents occupaient alors, rue de Médicis, un appartement au quatrième ou cinquième étage, qu’ils quittèrent quelques annéesplus tard, et dont je n’ai pas gardé souvenir. Je revois pourtant le balcon ; ou plutôt ce qu’on voyait du balcon : la place à vol d’oiseau et le jet d’eau de son bassin – ou, plus précisément encore, je revois les dragons de papier, découpés par mon père, que nous lancions du haut de ce balcon, et qu’emportait le vent, par-dessus le bassin de la place, jusqu’au jardin du Luxembourg où les hautesbranches des marronniers les accrochaient. Je revois aussi une assez grande table, celle de la salle à manger sans doute, recouverte d’un tapis bas tombant ; audessous de quoi je me glissais avec le fils de la concierge, un bambin de mon âge qui venait parfois me retrouver. « Qu’est-ce que vous fabriquez là-dessous ? criait ma bonne. – Rien. Nous jouons. » Et l’on agitait bruyamment quelquesjouets qu’on avait emportés pour la frime. En vérité nous nous amusions autrement : l’un près de l’autre, mais non l’un avec l’autre pourtant, nous avions ce que j’ai su plus tard qu’on appelait « de mauvaises habitudes ». Qui de nous deux en avait instruit l’autre ? et de qui le premier les tenait-il ? Je ne sais. Il faut bien admettre qu’un enfant parfois à nouveau les invente. Pour moi je ne puisdire si

–4–

quelqu’un m’enseigna ou comment je découvris le plaisir ; mais, aussi loin que ma mémoire remonte en arrière, il est là. Je sais de reste le tort que je me fais en racontant ceci et ce qui va suivre ; je pressens le parti qu’on en pourra tirer contre moi. Mais mon récit n’a raison d’être que véridique. Mettons que c’est par pénitence que je l’écris. À cet âge innocent où l’onvoudrait que toute l’âme ne soit que transparence, tendresse et pureté, je ne revois en moi qu’ombre, laideur, sournoiserie. On m’emmenait au Luxembourg ; mais je me refusais à jouer avec les autres enfants ; je restais à l’écart, maussadement, près de ma bonne ; je considérais les jeux des autres enfants. Ils faisaient, à l’aide de seaux, des rangées de jolis pâtés de sable… Soudain, à un moment...
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