Anthologie baudelaire

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Anthologie :Les Fleurs du mal

Charles Baudelaire

Sommaire
Page 2 : Parfum exotique
Page 3 : La Chevelure
Page 5 : La Pipe
Page 6 : Le Flacon
Page 8 : Le Coucher du soleil romantique
Page 9 : La Musique
Page 10 : La Vie antérieure
Page 11 : L’Albatros
Page 12 : Le Serpent qui danse
Page 14 : L’Invitation au voyage



XXII.Parfum exotique
Quand, les deuxyeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont œil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers decharmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.
Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire

Edvard MUNCH, Madonna, 1893.

XXIII.La Chevelure

O toison, moutonnant jusque sur l'encolure!
O boucles! O parfumchargé de nonchaloir!
Extase! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir!

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique!
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour! nage sur ton parfum.J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève!
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts:

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire
Ouvrentleurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé!

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond;Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.
Longtemps! toujours! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde!
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir?
Les Fleurs du mal, CharlesBaudelaire

Dante Gabriel Rosseti, Monna Vanna,1866

LXX.LA PIPE
Je suis la pipe d'un auteur;
On voit, à contempler ma mine
D'Abyssinienne ou de Cafrine,
Que mon maître est un grand fumeur.
Quand il est comblé de douleur,
Je fume comme la chaumine
Où se prépare la cuisine
Pour le retour du laboureur.
J'enlace et je berce son âme
Dans le réseau mobile et bleu
Qui monte de ma bouche enfeu,
Et je roule un puissant dictame
Qui charme son cœur et guérit
De ses fatigues son esprit.

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Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire

René Magritte, La Trahison des images,1929

XLIV.LE FLACON

Il est de forts parfums pour qui toute matière
Est poreuse ; — on dirait qu'ils pénètrent leverre.
Quelquefois en ouvrant un coffre d'Orient
Dont la serrure grince et rechigne en criant,

Ou dans une maison déserte quelque armoire,
Sentant l'odeur d'un siècle, arachnéenne et noire,
On trouve un vieux flacon jauni qui se souvient,
D'où jaillit toute vive une âme qui revient.

Mille pensers dormaient, — chrysalides funèbres,
Frémissant doucement...
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