Anthologie de la mort

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  • Publié le : 27 octobre 2010
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POEME N°1

LE DORMEUR DU VALC’est un trou de verdure où chante une rivièreAccrochant follement aux herbes des haillonsD’argent ; où le soleil, de la montagne fière,Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.Lespieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant commeSourirait un enfant malade, il fait un somme :Nature, berce-le chaudement : il a froid.Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrineTranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.7 octobre 1870 // Arthur Rimbaud .

Mort !
Les Armes ont tu leurs ordres en attendantDe vibrer à nouveau dans des mainsadmirablesOu scélérates, et, tristes, le bras pendant,Nous allons, mal rêveurs, dans le vague des Fables.
Les Armes ont tu leurs ordres qu’on attendaitMême chez les rêveurs mensongers que nous sommes,Honteux de notre bras qui pendait et tardait,Et nous allons, désappointés, parmi les hommes.
Armes, vibrez ! mains admirables, prenez-les,Mains scélérates à défaut des admirables !Prenez-les donc etfaites signe aux En-allésDans les fables plus incertaines que les sables.
Tirez du rêve notre exode, voulez-vous ?Nous mourons d’être ainsi languides, presque infâmes !Armes, parlez ! Vos ordres vont être pour nousLa vie enfin fleurie au bout, s’il faut, des lames.
La mort que nous aimons, que nous eûmes toujoursPour but de ce chemin où prospèrent la ronceEt l’ortie, ô la mort sans plus ces émoislourds,Délicieuse et dont la victoire est l’annonce !

Paul Verlaine
Un groupe tout à l’heure…
Un groupe tout à l’heure était là sur la grève,Regardant quelque chose à terre. - Un chien qui crève !M’ont crié des enfants ; voilà tout ce que c’est. -Et j’ai vu sous leurs pieds un vieux chien qui gisait.L’océan lui jetait l’écume de ses lames.- Voilà trois jours qu’il est ainsi, disaient desfemmes,On a beau lui parler, il n’ouvre pas les yeux.- Son maître est un marin absent, disait un vieux.Un pilote, passant la tête à sa fenêtre,A repris : - Ce chien meurt de ne plus voir son maître.Justement le bateau vient d’entrer dans le port ;Le maître va venir, mais le chien sera mort. -Je me suis arrêté près de la triste bête,Qui, sourde, ne bougeant ni le corps ni la tête,Les yeux fermés,semblait morte sur le pavé.Comme le soir tombait, le maître est arrivé,Vieux lui-même ; et, hâtant son pas que l’âge casse,A murmuré le nom de son chien à voix basse.Alors, rouvrant ses yeux pleins d’ombre, exténué,Le chien a regardé son maître, a remuéUne dernière fois sa pauvre vieille queue,Puis est mort. C’était l’heure où, sous la voûte bleue,Comme un flambeau qui sort d’un gouffre, Vénus luit;Et j’ai dit : D’où vient l’astre ? où va le chien ? ô nuit !
Victor Hugo
La Sérénade— Oh ! quel doux chant m’éveille ?— Près de ton lit je veille,Ma fille ! et n’entends rien…Rendors-toi, c’est chimère !— J’entends dehors, ma mère,Un chœur aérien !
— Ta fièvre va renaître.— Ces chants de la fenêtreSemblent s’être approchés.— Dors, pauvre enfant malade,Qui rêves sérénade…Les galants sont couchés!
— Les hommes ! que m’importe ?Un nuage m’emporte…Adieu le monde, adieu !Mère, ces sons étrangesC’est le concert des angesQui m’appellent à Dieu !
Gérard de Nerval
Je n’ai plus que les os
Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé,Que le trait de la mort sans pardon a frappé,Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.
Apollon et son fils, deuxgrands maîtres ensemble,Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé ;Adieu, plaisant Soleil, mon oeil est étoupé,Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.
Quel ami me voyant en ce point dépouilléNe remporte au logis un oeil triste et mouillé,Me consolant au lit et me baisant le face,
En essuyant mes yeux par la mort endormis ?Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,Je m’en...
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