Anthologie fables

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  • Publié le : 8 novembre 2010
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Le Savetier et le Financier

Un Savetier chantait du matin jusqu’au soir ;C’était merveilles de le voir,Merveilles de l’ouïr ; il faisait des passages,Plus content qu’aucun des sept sages.5 Son voisin, au contraire, étant tout cousu d’or,Chantait peu, dormait moins encor ;C’était un homme de finance.Si sur le point du jour parfois il sommeillait,Le Savetier alors en chantant l’éveillait,10 Etle Financier se plaignait,Que les soins de la ProvidenceN’eussent pas au marché fait vendre le dormir,Comme le manger et le boire.En son hôtel il fait venir15 Le chanteur, et lui dit : Or çà, sire Grégoire,Que gagnez-vous par an ? — Par an ? Ma foi, Monsieur,Dit avec un ton de rieur,Le gaillard Savetier, ce n’est point ma manièreDe compter de la sorte ; et je n’entasse guère20 Un jour sur l’autre :il suffit qu’à la finJ’attrape le bout de l’année :Chaque jour amène son pain.— Eh bien ! que gagnez-vous, dites-moi, par journée ?— Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours ;25 (Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes,)Le mal est que dans l’an s’entremêlent des joursQu’il faut chômer ; on nous ruine en fêtes.L’une fait tort à l’autre ; et Monsieur le curéDe quelque nouveauSaint charge toujours son prône.30 Le Financier, riant de sa naïveté,Lui dit : « Je vous veux mettre aujourd’hui sur le trône.Prenez ces cent écus : gardez-les avec soin,Pour vous en servir au besoin. »Le Savetier crut voir tout l’argent que la terre35 Avait, depuis plus de cent ans,Produit pour l’usage des gens.Il retourne chez lui ; dans sa cave il enserreL’argent et sa joie à la fois.Plus de chant: il perdit la voix40 Du moment qu’il gagna ce qui cause nos peines.Le sommeil quitta son logis,Il eut pour hôtes les soucis,Les soupçons, les alarmes vaines.Tout le jour il avait l’œil au guet ; et la nuit,45 Si quelque chat faisait du bruit,Le chat prenait l’argent. À la fin le pauvre hommeS’en courut chez celui qu’il ne réveillait plus.Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme,Etreprenez vos cent écus.

Songe d’un Habitant du Mongol

Jadis certain Mogol vit en songe un vizirAux Champs Elysiens possesseur d'un plaisirAussi pur qu'infini, tant en prix qu'en duréeLe même songeur vit en une autre contréeUn ermite entouré de feux,Qui touchait de pitié même les malheureux.Le cas parut étrange, et contre l'ordinaireMinos en ces deux morts semblait s'être mépris.Le dormeurs'éveilla tant il en fut surpris.Dans ce songe pourtant soupçonnant du mystère,Il se fit expliquer l'affaire.L'interprète lui dit «Ne vous étonnez point ;Votre songe a du sens; et, si j'ai sur ce pointAcquis tant soit peu d'habitude,C'est un avis des dieux. Pendant l'humain séjour,Ce vizir quelquefois cherchait la solitude ;Cet ermite aux vizirs allait faire sa cour.»Si j'osais ajouter au mot del'interprète,J'inspirerais ici l'amour de la retraiteElle offre à ses amants des biens sans embarras,Biens purs, présents du ciel, qui naissent sous les pas.Solitude où je trouve une douceur secrète,Lieux que j'aimai toujours ne pourrai-je jamais,Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais?Oh! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles ?Quand pourront les neuf soeurs, loin des cours et desvilles,M'occuper tout entier, et m'apprendre des cieuxLes divers mouvements inconnus à nos yeux,Les noms et les vertus de ces clartés errantesPar qui sont nos destins et nos moeurs différentes !Que si je ne suis né pour de si grands projets,Du moins que les ruisseaux m'offrent de doux objets !Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie !La Parque à filets d'or n'ourdira point ma vie,Je ne dormirai pointsous de riches lambrisMais voit-on que le somme en perde de son prix ?En est-il moins profond, et moins plein de délices ?Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices.Quand le moment viendra d'aller trouver les morts,J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords.

Le Chien qui porte à son cou le dîner de son Maitre

Nous n'avons pas les yeux à l'épreuve des belles, Ni les mains à celle...
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