Anthologie poétique sur le temps qui passe

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  • Publié le: 30 novembre 2011
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Anthologie Poétique sur
le temps qui passe.

PREFACE :

L'ennemi.

Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage,Traversé çà et là par de brillants soleils ;Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.
Voilà que j’ai touché l’automne des idées,Et qu’il faut employer la pelle et les râteauxPour rassembler à neuf les terres inondées,Oùl’eau creuse des trous grands comme des tombeaux.
Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêveTrouveront dans ce sol lavé comme une grèveLe mystique aliment qui ferait leur vigueur ?
- Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœurDu sang que nous perdons croît et se fortifie !

Charles Baudelaire, Les fleurs du Mal.

Assieds toi sur le bord.Assieds-toi sur le bord d’une ondante rivière : Tu la verras fluer d’un perpétuel cours, Et flots sur flots roulant en mille et mille tours Décharger par les prés son humide carrière.
Mais tu ne verras rien de cette onde première Qui naguère coulait ; l’eau change tous les jours, Tous les jours elle passe, et la nommons toujours Même fleuve, et même eau, d’une même manière.
Ainsi l’homme varie, etne sera demain Telle comme aujourd’hui du pauvre corps humain La force que le temps abrévie et consomme :
Le nom sans varier nous suit jusqu’au trépas, Et combien qu’aujourd’hui celui ne sois-je pas Qui vivais hier passé, toujours même on me nomme.

Jean-Baptiste Chassignet, Le Mépris de la vie.

Le pont Mirabeau.

Sous le pont Mirabeau coule la SeineEt nos amoursFaut-il qu'il m'ensouvienneLa joie venait toujours après la peine.
Vienne la nuit sonne l'heureLes jours s'en vont je demeure
Les mains dans les mains restons face à faceTandis que sousLe pont de nos bras passeDes éternels regards l'onde si lasse
Vienne la nuit sonne l'heureLes jours s'en vont je demeure
L'amour s'en va comme cette eau couranteL'amour s'en vaComme la vie est lenteEt comme l'Espérance est violenteVienne la nuit sonne l'heureLes jours s'en vont je demeure
Passent les jours et passent les semainesNi temps passé Ni les amours reviennentSous le pont Mirabeau coule la Seine
Vienne la nuit sonne l'heureLes jours s'en vont je demeure.

Guillaume Apollinaire, Alcools.

Soleils Couchants.

Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées; Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit ; Puisl'aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ; Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'enfuit !
Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule Sur la face des mers, sur la face des monts, Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule Comme un hymne confus des morts que nous aimons.
Et la face des eaux, et le front des montagnes, Ridés et non vieillis, et les bois toujours vertsS'iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers.
Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête, Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux, Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête, Sans que rien manque au monde immense et radieux !

Victor Hugo, Les feuilles d'Automne.

Quand vous serez bien vieille.

Quand vous serez bienvieille, au soir, à la chandelle,Assise aupres du feu, devidant et filant,Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant :Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,Desja sous le labeur à demy sommeillant,Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant,Benissant vostre nom de louange immortelle.Je seray sous la terre et fantaume sans os :Parles ombres myrteux je prendray mon repos :Vous serez au fouyer une vieille accroupie,Regrettant mon amour et vostre fier desdain.Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie.

Pierre de Ronsart, Sonnet pour Hélène, II, 24.

Le lac.

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,Dans la nuit éternelle emportés sans retour,Ne pourrons-nous...
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