Antigone

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  • Publié le : 22 février 2010
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antigone a un étrange sourire.

C'est vrai, c'était encore la nuit. Et il n'y avait que moi dans toute la campagne à penser que c'était le matin. C'est merveilleux, nourrice. J'ai cru au jour la première aujourd'hui.

LA NOURRICE

Fais la folle ! Fais la folle ! Je la connais, la chanson. J'ai été fille avant toi. Et pas commode non plus, mais dure tête comme toi, non. D'oùviens-tu, mauvaise ?

antigone, soudain grave.

Non. Pas mauvaise.

LA NOURRICE

Tu avais un rendez-vous, hein? Dis non, peut-être.

antigone, doucement.

Oui. J'avais un rendez-vous.

LA NOURRICE
Tu as un amoureux ?

antigone, étrangement, après un silence.
Oui, nourrice, oui, le pauvre. J'ai un amoureux.

la nourrice, éclate.
Ah ! c'est du joli !c'est du propre ! Toi, la fille d'un roi ! Donnez-vous du mal ; donnez-vous du mal pour les élever ! Elles sont toutes les mêmes. Tu n'étais pourtant pas comme les autres, toi, à t'attifer toujours devant la glace, à te mettre du rouge aux lèvres, à chercher à ce qu'on te remarque. Combien de fois je me suis dit : « Mon Dieu, cette petite, elle n'est pas assez coquette ! Toujours avec la même robe etmal peignée. Les garçons ne verront qu'Ismène avec ses bouclettes et ses rubans et ils me la laisseront sur les bras. » Hé bien, tu vois, tu étais comme ta sœur, et pire encore, hypocrite ! Qui est-ce ? Un voyou, hein, peut-être ? Un garçon que tu ne peux pas dire à ta famille : « Voilà, c'est lui que j'aime, je veux l'épouser. » C'est ça, hein, c'est ça ? Réponds donc, fanfaronne !

ANTIGONE aencore un sourire imperceptible.
Oui, nourrice.

LA NOURRICE
Et elle dit oui ! Miséricorde ! Je l'ai eue toute gamine ; j'ai promis à sa pauvre mère que j'en ferais une honnête fille, et voilà ! Mais ça ne va pas se passer comme ça, ma petite. Je ne suis que ta nourrice, et tu me traites comme une vieille bête, bon ! mais ton oncle, ton oncle Créon saura. Je te le promets !

ANTIGONE,soudain un peu lasse.
Oui, nourrice, mon oncle Créon saura. Laisse-moi maintenant.

1. Inversion du rôle de la confidente :
– Dans cette première scène Anouilh joue avec la tradition théâtrale en inversant les règles : la femme âgée ne représente plus la sagesse (tu me traites comme une vieille bête) ; de même elle n’est plus le personnage auquel se confie l’héroïne tragique (cf. par exemplePhèdre avec Œnone). A l’inverse des tirades de la tragédie classique, la nourrice monopolise au contraire toute la parole dans une sorte de logorrhée agressive (D'où viens-tu, mauvaise ? / Réponds donc, fanfaronne ! / hypocrite !) : Antigone ne parle presque pas, sinon pour prononcer des paroles que la nourrice ne peut pas comprendre. Le Oui répétitif dans ses répliques (Oui. J'avais un rendez-vous/ Oui, nourrice, oui, le pauvre / Oui, nourrice / Oui, nourrice, mon oncle Créon saura) marque au contraire un refus de se confier. La seule fois où Antigone dit non, est précisée par la didascalie (soudain grave) : ce qui importe à Antigone c’est de conserver la pureté de son enfance (Non. Pas mauvaise) et en même temps de préciser que, sur cette scène, elle ne joue pas le rôle d’une mauvaise.– Le langage familier, voire vulgaire, de la nourrice se démarque clairement du registre élevé de la tragédie classique et la rejette définitivement loin du monde de la tragédie : elle tutoie Antigone ; elle use d’expressions triviales (Je la connais, la chanson / c'est du joli ! c'est du propre !) ; sa syntaxe est approximative (Un garçon que tu ne peux pas dire à ta famille : « Voilà, c'est luique j'aime, je veux l'épouser. »). Les nombreuses répétitions suggèrent aussi une sorte de harcèlement verbal (Fais la folle ! Fais la folle ! / Donnez-vous du mal ; donnez-vous du mal pour les élever ! / C'est ça, hein, c'est ça ?/ ton oncle, ton oncle Créon saura), c’est un interrogatoire qui est tout l’inverse de la confidence habituelle dans ce type de situation.

2. Un faux dialogue :...
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