Antologie sur le baroque

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  • Publié le : 6 mars 2010
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Anthologie sur le Baroque


Mortel, pense quel est dessous la couverture
D'un charnier mortuaire un cors mangé de vers,
Décharné, dénervé, où les os découverts,
Dépoulpés, dénoues, délaissent leur jointure ;
Ici l'une des mains tombe de pourriture,
Les yeux d'autre côté détournez à l'envers
Se distillent en glaire, et les muscles divers
Servent aux vers goulus d'ordinairepâture ;
Le ventre déchiré cornant de puanteur
Infecte l'air voisin de mauvaise senteur,
Et le né mi-rongé difforme le visage;
Puis connaissant l'état de ta fragilité,
Fonde en Dieu seulement, estimant vanité
Tout ce qui ne te rend plus savant et plus sage.
Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer,
L'on s'abîme en l'amour aussi bienqu'en la mer,
Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.
Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.
La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau
Mais l'eau contre ce feu ne peutfournir des armes.
Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.
_Pierre de Marbeuf, _Recueil des vers

Anthologie sur le Baroque
Amlet :
Mourir, dormir ;
Dormir ! Peut-être rêver. Oui, là est l'embarras ;
Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort
Quandnous sommes débarrassés de l'étreinte de cette vie?
Voila qui doit nous arrêter.
Ainsi la conscience fait de nous autant de lâches ;
Ainsi la couleur native de la résolution
Est toute blêmie par le pâle reflet de la pensée,
Et telle ou telle entreprise d'un grand élan et d'une grande portée,
À cet aspect, se détourne de son cours
Et manque à mériter le nom d'action.Shakespeare, Amlet Acte III, 1
Au bord tristement doux des eaux, je me retire,
Et vois couler ensemble, et les eaux, et mes jours,
Je m'y vois sec, et pâle, et si j'aime toujours
Leur rêveuse mollesse où ma peine se mire.

Au plus secret des bois je conte mon martyre,
Je pleure mon martyre en chantant mes amours,
Et si j'aime les bois et les bois les plus sourds,
Quand j'ai jeté mescris, me les viennent redire.

Dame dont les beautés me possèdent si fort,
Qu'étant absent de vous je n'aime que la mort,
Les eaux en votre absence, et les bois me consolent.

Je vois dedans les eaux, j'entends dedans les bois,
L'image de mon teint, et celle de ma voix,
Toutes peintes de morts qui nagent, et qui volent.
Anthologie sur le Baroque
Je fus, Plante superbe, enVaisseau transformée.
Si je crus sur un Mont, je cours dessus les eaux :
Et porte de Soldats une nombreuse armée,
Après avoir logé des Escadrons d'Oiseaux.
En rames, mes rameaux se trouvent convertis ;
Et mes feuillages verts, en orgueilleuses voiles :
J'ornai jadis Cybèle, et j'honore Thétis
Portant toujours le front jusqu'auprès des Étoiles.

Mais l'aveugle Fortune a de bizarres lois:
Je suis comme un jouet en ses volages doigts,
Et les quatre Éléments me font toujours la guerre.

Souvent l'Air orageux traverse mon dessein,
L'Onde s'enfle à tous coups pour me crever le sein
Je dois craindre le Feu, mais beaucoup plus la Terre.
François Tristan L'Hermite, Le navire
N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde
Sa lumière est un verre, et sa faveur uneonde
Que toujours quelque vent empêche de calmer.
Quittons ses vanités, lassons-nous de les suivre;
C'est Dieu qui nous fait vivre,
C'est Dieu qu'il faut aimer.

En vain, pour satisfaire à nos lâches envies,
Nous passons près des rois tout le temps de nos vies
À souffrir des mépris et ployer les genoux :
Ce qu'ils peuvent n'est rien; ils sont comme nous sommes,
Véritablement...
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