Apologie de socrate

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 54 (13279 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 14 septembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
http://www.geocities.com/ireneesansdessein/ApologieIntegral.html

APOLOGIE DE SOCRATE

Traduction d'Émile Chambry

Première Partie

1. Quelle impression mes accusateurs ont faite sur vous, Athéniens, je l'ignore. Pour moi, en les écoutant, j'ai presque oublié qui je suis, tant leurs discours étaient persuasifs. Et cependant, je puis l'assurer, ils n'ont pas dit un seul mot de vrai. Maisce qui m'a le plus étonné parmi tant de mensonges, c'est quand ils ont dit que vous deviez prendre garde de vous laisser tromper par moi, parce que je suis habile à parler. Qu'ils n'aient point rougi à la pensée du démenti formel que je vais à l'instant leur donner, cela m'a paru de leur part le comble de l'impudence, à moins qu'ils n'appellent habile à parler celui qui dit la vérité. Si c'est làce qu'ils veulent dire, j'avouerai que je suis orateur, mais non à leur manière. Quoi qu'il en soit, je vous répète qu'ils n'ont rien dit ou presque rien qui soit vrai. Moi, au contraire, je ne vous dirai que l'exacte vérité.
2. Seulement, par Zeus, Athéniens, ce ne sont pas des discours parés de locutions et de termes choisis et savamment ordonnés que vous allez entendre, mais des discours sansart, fait avec les premiers mots venus. Je suis sûr de ne rien dire que de juste ; qu'aucun de vous n'attende de moi autre chose. Il conviendrait mal, Athéniens, je crois, à un homme de mon âge de venir devant vous façonner des phrases comme le font nos petits jeunes gens. Aussi, Athéniens, ai-je une demande, et une demande instante, à vous faire, c'est que, si vous m'entendez présenter madéfense dans les mêmes termes que j'emploie pour vous parler, soit à l'agora et près des tables des banquiers, où beaucoup d'entre vous m'ont entendu, soit en d'autres endroits, vous n'alliez pas vous en étonner et vous récrier. Car, sachez-le, c'est aujourd'hui la première fois que je comparais devant un tribunal, et j'ai plus de soixante-dix ans ; aussi je suis véritablement étranger au langage qu'onparle ici. Si je n'étais pas athénien, vous m'excuseriez sans doute de parler dans le dialecte où j'aurais été élevé et à la manière de mon pays. Eh bien, je vous demande aujourd'hui, et je crois ma demande juste, de ne pas prendre garde à ma façon de parler, qui pourra être plus ou moins bonne, et de ne considérer qu'une chose et d'y prêter toute votre attention, c'est si mes allégations sontjustes ou non ; car c'est en cela que consiste le mérite propre du juge ; celui de l'orateur est de dire la vérité.
3. Et maintenant, Athéniens, il est juste que je commence par répondre aux anciennes calomnies répandues contre moi et à mes premiers accusateurs ; je répondrai ensuite aux accusations et aux accusateurs plus récents. Car j'ai été accusé près de vous, et depuis de longues années déjà,par bien des gens qui ne disaient rien de vrai, et ceux-là, je les crains plus qu'Anytos et ses associés, qui pourtant sont à craindre, eux aussi.
4. Oui, Athéniens, les premiers sont les plus redoutables, parce que, prenant la plupart d'entre vous dès l'enfance, ils m'ont chargé d'accusations qui ne sont que mensonges et vous ont fait croire qu'il existe un certain Socrate, savant homme, quispécule sur les phénomènes célestes, recherche ce qui se passe sous la terre et qui d'une méchante cause en fait une bonne. Les gens qui ont répandu ces bruits, voilà Athéniens, les accusateurs que j'ai à craindre. Car ceux qui les écoutent sont persuadés que les gens qui se livrent à ces recherches n'honorent pas les dieux. J'ajoute que ces accusateurs-là sont nombreux et qu'ils m'accusent depuislongtemps ; en outre ils s'adressaient à vous à l'âge où vous étiez le plus crédules, quand quelques-uns de vous étaient encore enfants ou adolescents, et ils me faisaient un véritable procès par défaut, puisque personne n'était là pour me défendre.
5. Et ce qu'il y a de plus déconcertant, c'est qu'il n'est même pas possible de les connaître et de les nommer, sauf peut-être un certain poète...
tracking img