Apprentissage moteur

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 30 (7494 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 3 juin 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
APPRENTISSAGE MOTEUR ET VERBALISATION.
Didier Delignières Echanges & Controverses, 4, 29-42, 1991 Il est frappant de constater à quel point les élèves, actuellement, sont sensés réfléchir et verbaliser en cours d'EPS. Cette constatation ne se base pas sur une observation directe de séances nous n'en avons ni les moyens, ni la mission-, mais sur l'analyse de la littérature pédagogique, et desproductions -copies ou préparations de séance- des candidats aux concours de recrutement. Dans le cas de ces derniers, on en vient à se demander si leurs propositions reflètent la réalité de leur pratique, ou sont issues d'une sujétion à ce qu'ils percevraient comme une orthodoxie incontournable. A la lecture de l'abondante littérature qui s'y réfère, il nous semble pourtant que la justificationscientifique du recours systématique à la verbalisation, quand elle existe, demeure partielle, voire partiale. Le but de cet article est de tenter d'analyser dans quelle mesure la verbalisation peut faciliter l'apprentissage et son transfert. Les données expérimentales étant à l'heure actuelle encore singulièrement disparates, il s'agira, au fil d'une revue de question, de tisser un réseau devraisemblances, qui ne pourra sans doute déboucher que sur des hypothèses de travail. Notre ambition n'est pas prescriptive: nous nous situons davantage sur un plan épistémologique, c'est-à-dire dans l'étude de la validité des connaissances avancées en didactique de l'EPS. 1. L'INFLATION COGNITIVE. Les rapports entre verbalisation et apprentissage moteur peuvent être envisagés selon deux versants. Unpremier versant, ascendant, relèverait de la verbalisation de son propre comportement, de ses propres stratégies. Un second, descendant, renverrait à l'influence de la verbalisation (et notamment par le biais des consignes) sur le comportement et l'apprentissage. Ces deux versants semblent par ailleurs intimement liés, articulés autour du concept central de prise de conscience, si tant est que lapossible verbalisation en constitue le critère principal (Chatillon, 1985)1. Si l'on voulait faire un historique de la prise de conscience en EPS, le courant psychomoteur en représenterait certainement le jalon le plus significatif. Derrière la diversité des propositions, le thème de la structuration du schéma corporel, par "la poursuite obstinée d'une prise de conscience des contextes sensoriels"(Vigarello, 1978), est central. Le Boulch (1966) trace clairement les contours de sa problématique: "il n'est pas question d'éduquer une attitude type, mais il s'agit d'attirer l'attention de l'élève sur les moyens de contrôler son attitude". Chez d'autres auteurs (par exemple, Lapierre et Aucouturier, 1973), les objectifs déborderont largement le cadre d'un simple contrôle mental de la motricité. Ils'agira de conduire l'enfant du "vécu à l'abstrait", c'est-à-dire de lui faire vivre des situations concrètes d'où il extraira ensuite un certain nombre de notions (intensité, grandeur, vitesse, direction, relation,..). Le courant psychomoteur n'aura d'ailleurs pas l'exclusivité de cette mise en relation de l'intelligence et de la motricité. On trouve notamment, chez les tenants des conceptionssportives de l'Education Physique, des développements significatifs: "Synthèse entre assimilation et accommodation; coordination entre fonction tonique et fonction émétique, l'une et l'autre opérées par l'intelligence aussi bien pratique (..) que conceptuelle" (Mérand, 1975). Il serait abusif certainement de taxer d'intellectualisme les propositions du CPS-FSGT. La lecture des Mementos révèleclairement que l'on visait avant tout un apprentissage par l'action, basé sur l'adaptation de l'élève aux situations qui lui étaient proposées. Néanmoins ce courant provoque une nette rupture avec les conceptions antérieures de l'apprentissage en EPS, mettant en avant l'importance des fonctions cognitives les plus élevées, et "l'activité structurante de l'intelligence" (Mérand, op. cit.) Au-delà de...
tracking img