Aragan

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  • Publié le : 14 mars 2010
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Le deux textes que nous nous proposons d'étudier datent à peu près de la même époque, et ont été écrits par deux auteurs qui se connaissaient bien, et ont tous deux appartenu au mouvement surréaliste ; le texte d'Eluard, issu de Capitale de la Douleur, peut d'ailleurs se rattacher à ce mouvement, tandis que celui d'Aragon, daté de 1941, appartient plutôt à ce que l'on a appelé le "grand chantnational", marqué par le retour à des formes poétiques traditionnelles (le quatrain en alexandrins). Tous deux célèbrent les yeux de la femme aimée, Gala pour Eluard, Elsa pour Aragon, femmes quasi divinisées à la manière de la Laure de Pétrarque, ou de la Béatrice de Dante.
L'évocation des yeux
Les deux poèmes sont des "blasons" : ils célèbrent les yeux de la femme aimée, comme métonymie de lapersonne toute entière. Mais leur approche diffère : Aragon, fasciné par la couleur exceptionnelle des yeux d'Elsa Triolet, insiste sur des images évoquant la couleur ou l'éclat : "l'océan troublé", "bleu", "azur", "prisme des couleurs", "iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé", métaphore du "manteau de Marie" évoquant le bleu profond des peintures de la Renaissance, "lavande" et même l'éclatbleuâtre du "radium"... Le bleu est décliné de toutes les manières possibles, tandis que la lumière, l'éclat caractérisent également ce regard : "soleils", "clairs", "luit", "lumière mouillée", "millions d'astres", "étoiles filantes", et enfin les deux derniers vers dans lesquels les yeux d'Elsa, en un magnifique trimètre romantique, constituent la seule lumière d'un monde naufragé.
Eluard,quant à lui, s'intéresse davantage à la forme : "courbe", "rond", "auréole", "nid"...
Mais les deux poètes se rejoignent : pour tous deux, le monde entier "dépend de [tes] yeux purs..."
Au travers des yeux, on peut distinguer une image de la femme ; là encore, les deux poètes diffèrent. Eluard multiplie les images maternelles et pures – présentes aussi chez Aragon, au travers de la figure de Marie –: "danse et douceur", "berceau nocturne et sûr" (et l'adjectif "sûr", renforcé par la cadence mineure, contrebalance ce que "nocturne" aurait pu avoir de sombre et d'inquiétant), "innocence", "yeux purs" dessinent de Gala une image rassurante, pure, qui entoure le poète comme un nid ; Elsa, elle, paraît plus ambiguë, plus inquiétante : des images de mort, de deuil, se mêlent dès le départ à lacélébration : "s'y jeter à mourir tous les désespérés", "océan troublé", "chagrins", "larme", "brisure", "endeuillé"... Une femme marquée par la douleur (Marie est avant tout "Mère des sept douleurs"), inquiétante aussi : "je ne sais si tu mens" ; "je suis pris au filet des étoiles filantes", ou encore l'image terrible du radium (Marie Curie en était morte en 1934...)
Le symbolisme des yeux
Desyeux-univers : chez Aragon, de nombreuses images évoquent la grandeur démesurée d'un regard qui prend des dimensions cosmiques : "tous les soleils", "océan", "azur", "firmament", "millions d'astres", et la multiplication du totalisant "tous les" : "tous les soleils, toutes les chansons, tous les hélas" ; chez Eluard, les yeux deviennent des "ailes couvrant le monde de lumière", des "bateaux chargésdu ciel et de la mer" (noter la diaphore : "chargés" signifie à la fois "qui transporte" et "qui a la charge morale de") ; les yeux ne donnent pas seulement vie au poète ("et si je ne sais plus...") mais à l'univers entier.
Des yeux protecteurs et sources de vie : pour le poète lui-même et pour l'univers entier. En 1926, Eluard voit dans ce regard la source de la vie ; en 1941, Aragon faitallusion au désastre de la guerre : "il advint qu'un beau l'univers se brisa" : cette intrusion du récit dans un texte entièrement au présent symbolise l'irruption de l'Histoire dans l'aventure personnelle, et du malheur collectif dans le destin individuel ; l’allusion se précise avec les « naufrageurs » (ces pirates qui allumaient des feux sur les rochers pour que les navires, attirés par la...
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