Aragon - chapitre 36, le goût de l'absolu

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 13 (3109 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 28 novembre 2009
Lire le document complet
Aperçu du document
Aragon chapitre 36 : Goût de l’absolu
Introduction
Aragon publie en 1944, en temps de guerre et d’occupation, Aurélien, une œuvre qui se déroule dans les années 1920, et qui porte en partie sur les stigmates qu’a eu la Grande Guerre sur la génération de l’auteur. Cependant, le chapitre 36, que l’on pourrait intituler « le gout de l’absolu », se distingue complètement du reste du roman, etne semble pas être en adéquation avec le thème principal de l’œuvre. Pourtant, Aragon explique lui-même dans la préface de son ouvrage que ce concept du « gout de l’absolu » lui est cher, car il a lui-même connu une femme, à l’époque d’Aurélien, qu’il a aimé, ou plutôt qu’il a cru aimer, et qui avait la passion de l’absolu. De cet amour brisé a pu en effet naître le personnage de Bérénice, qui estelle-même éprise de cette passion de l’absolu, comme il le remarque dans sa préface : « Que Bérénice a été écrite, décrite à partir d’une femme réelle, je n’en disconviens pas ».
Dès lors, on pourrait être tenté d’expliquer l’apparition du chapitre 36 à travers les méthodes d’analyse que propose dès le XIXème siècle le critique littéraire Sainte Beuve : saisir la logique de l’œuvre par deséléments biographiques clés de l’auteur. Mais ce qui pourrait expliquer la pertinence de ce 36ème chapitre est réfuté par Aragon lui-même quelque lignes plus tard dans sa préface, où il fait observer que « tout le développement (l’aventure) » d’Aurélien « est complètement inventé », et que si Bérénice reprend effectivement quelques traits de son amour passé, ce dernier n’a été qu’une des multiplesinspirations pour la protagoniste.
De ce constat, une contradiction semble se dessiner : si l’on ne peut expliquer l’apparition de chapitre pour le moins singulier par les expériences passées de l’auteur, c’est donc que ce chapitre a un rôle précis à jouer dans le roman. Un rôle qui reste cependant assez opaque pour le lecteur, qui ne saisit pas au premier abord le cheminement de la réflexion d’Aragonet la logique interne d’Aurélien.
Dès lors une question se dégage : quel serait donc le rôle de ce chapitre si singulier, le rôle du « gout de l’absolu », dans le reste du roman ?
*
lecture

Il s’agira donc de voir, dans une première partie, comment Aragon parvient à entrainer un lecteur d’abord réticent dans une nouvelle expérience de lecture qui s’extrait totalement du schémaromanesque du reste de l’œuvre, pour ainsi analyser dans une seconde partie, maintenant que le lecteur a compris l’intérêt du chapitre, le rôle de celui-ci dans le roman, à savoir conférer une vraisemblance accrue au roman et par là même inviter le lecteur à redécouvrir ce dernier à la lumière de ce chapitre.
I. Comment Aragon parvient-il à marquer la singularité du chapitre 36 pour ainsi mettre envaleur la définition qu’il propose du goût de l’absolu, une définition complète, précise et persuasive d’une notion pourtant tout à fait abstraite
B/ Quelle définition pour le goût de l’absolu ?
1°. Le goût de l’absolu, un concept abstrait et à priori indéfinissable : « Il y a une passion si dévorante qu’elle ne peut se décrire »
« On frémit de la nommer : c’est le goût de l’absolu »
2°.Dès lors, le fait qu’Aragon s’évertue à en faire une description sur 5 pages, qu’il la nomme juste après avoir précisé qu’on « frémissait de la nommer » amène à s’interroger sur l’ambiguïté de ce concept, sur le caractère insaisissable de ce qu’est le gout de l’absolu dans sa totalité. La forme ici, sert donc le fond, car l’abondance d’oxymores et de contradictions internes à la structuregrammaticale, et syntaxique montrent l’ambiguïté du « gout de l’absolu ». Aragon lui-même avoue en quelque sorte son impuissance à définir clairement cette notion, qu’il juge trop abstraite et subjective. Exemple : le gout de l’absolu est « l’absence de résignation » d’une part et d’autre part, « qui a le gout de l’absolu renonce par la même au bonheur » => contradiction car résigner = renoncer...