Aragon - je vous salue ma france

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 8 (1890 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 21 mars 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
“Le musée Grévin”
(1943)

Poème

Commentaire

Alternance alexandrins-octosyllabes. C’est un long cri de protestation contre la terreur nazie, contre la trahison des pétainistes, contre l’asservissement provisoire du pays. Mais aussi un beau chant d'amour pour la France où Aragon manifesta une confiance sereine dans l'avenir et le destin de sa patrie car il s’achève sur I’horizon entrevu dela liberté.
Le titre s’explique parce que, dans la première partie, Aragon considère les Allemands et les collaborateurs comme déjà perdus et, tels de sinistres statues de cire, bons pour le Musée Grévin.
Dans la dernière partie, abandonnant les «fantômes», il revient à ce «pays dévasté par la peste / qui semble un cauchemar attardé de Goya…») et où arrivent les nouvelles des camps de la mort :«Auschwitz Auschwitz ô syllabes sanglantes.» Il évoque les femmes patriotes déportées à Auschwitz : Maïe (Politzer), Danièle (Casanova), qui y moururent, Marie-Claude (Vaillant-Couturier), qui en revint, et c'est à elles que s'adresse le vers qui ouvre le finale du poème : «Je vous salue Maries de France aux cent visages.» Dans la septième et dernière partie du poème, il entrevoit l’horizon de laliberté et, donnant la parole à un des prisonniers, des déportés, des maquisards, qui revient au foyer, écrit un hymne à la patrie qu'il voyait déjà rendue à la liberté et à la vie pacifique au bout de plusieurs années de nuit et de souffrances :

Analyse

Ces strophes sont, dans l'ensemble, conformes à la poésie régulière et traditionnelle, mais l'auteur se permit un certain nombre delibertés. Il rima pour l'oreille sans égard à la nature féminine ou masculine des rimes : par exemple, il fit rimer «calmèrent» avec «mer», «habitée» avec «diversité». Il n'observa pas la règle de l'alternance des rimes féminines et des rimes masculines : ainsi «passage» (rime féminine) suit «confie» (rime féminine) aux strophes 3 et 4 ; à la strophe 5, «aigle» est suivi par «habitée» (deux rimesféminines). Il ne tint pas compte de l'«e» muet à l'intérieur des vers : dans «Je vous salue ma France», «salue» devrait régulièrement être suivi d'une voyelle. Il s'agit là de licences qu'on réprouve de moins en moins à notre époque et qui n'enlèvent rien à la grande beauté de ce poème.
Cinq strophes sur sept ont pour premier hémistiche : «Je vous salue ma France». Ces mots (le possessif «ma France» estsignificatif) impliquent respect et tendresse.

Première strophe

- «Arrachée aux fantômes» : Le participe «arrachée» indique que la lutte fut violente et la victoire durement conquise. Le mot «fantôme» suggère une double idée d'irréalité et de mort : la guerre et l'Occupation, avec tous les drames qu'elles suscitent, paraissent avoir été une sorte de mauvais rêve, une succession d'images demort. Voici maintenant la France «rendue à la paix», qui est sa vraie destination. «Vaisseau sauvé des eaux» présente une belle allitération et peut faire songer à «Moïse sauvé des eaux» et aussi au symbole du navire qui figure dans les armes de plusieurs villes, notamment dans celles de Paris où il s'accompagne de la devise : «Fluctuat nec mergitur».
- Vers 3 : La France chante pour plusieursraisons, notamment à cause des noms harmonieux de ses villes et de ses villages. L'auteur en choisit trois qui désignent des cités situées dans les pays de la Loire, «le jardin de la France». Ces trois noms (thème, d'ailleurs, d'une chanson populaire du XVe siècle) sont comme chargés d'histoire : Orléans, c'est la ville qui fut délivrée par Jeanne d'Arc ; Beaugency, au carrefour de grandes voiesstratégiques, siège de deux conciles célèbres, fut âprement disputé au XlVe et au XVe siècles ; Vendôme, centre féodal et monastique rattaché à la monarchie française au XlIe siècle, est lié au souvenir de Blanche de Castille et à celui de François Ier, et l'on sait que le Vendômois fut chanté par Ronsard.
- Les noms chantent, les cloches aussi chantent la délivrance de la patrie ; elles...
tracking img