Aragon les voyageurs de l'impériale la famille méré

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 17 (4023 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 12 avril 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
ARAGON. LES VOYAGEURS DE L’IMPERIALE :

Nous allons étudier le début du chapitre X de la seconde partie du roman « vingtième siècle » (p517-518).

Les chapitres précédents de cette seconde partie sont consacrés à Meyer, à la montée de l’antisémitisme, à la fondation de l’école « Robinel », au retour de Pierre à Paris, à la menace et aux craintes de la guerre, aux difficultés de lavie, à la grossesse de Sarah, et enfin aux «Hirondelles ».
Chapitre X introduit sans transition de nouveaux personnages : la famille Méré, famille voisine des Hirondelles. Le chapitre s’ouvre comme pourrait s’ouvrir un roman classique du XIXème et introduit lui-même à l’intérieur des Voyageurs de l’impériale : le roman des Méré.
Nous trouvons tout d’abord une description de l’espaceavec insistance sur la crasse, la noirceur, l’ambiance répulsive et nauséabonde puis l’introduction et la présentation de la famille d’ouvriers.

Problématique : Je propose que nous nous interrogions sur la notion de réécriture dans ce passage, en nous demandant si cet extrait n’est pas le pastiche des descriptions canoniques de la littérature du XIXème siècle (comme nous pouvons les trouverdans les romans naturalistes notamment, et même, plus précisément dans l’Assommoir de Zola).

Axes de lecture :
- I. Description de l’espace comme une descente aux enfers. (Des lignes 1 à 22 : jusqu’à « le logement de la famille Méré »)
- II. Introduction du monde ouvrier. Présentation famille : (des lignes 22 « la fenêtre aérait aussi les Méré » à la fin du passage).

I. Description del’espace comme une descente aux enfers. (Des lignes 1 à 22 : jusqu’à « le logement de la famille Méré »)

A. Un espace inconnu défini de façon réaliste : (des lignes 1 à 12, jusqu’à « pavés disjoints ») :

Nous verrons tout d’abord dans une sous-partie que j’ai intitulé : un espace inconnu défini de façon réaliste (des lignes 1 à 12, jusqu’à « pavés disjoints ») que nous avons à faire à unpassage de description qui pourrait être qualifiée d’autonome et qui entraîne le lecteur. Nous verrons aussi que cet espace décrit est un espace répugnant dans lequel semble régner une forme d’immobilisme.

1. Une description autonome qui entraîne le lecteur :

Le paragraphe s’ouvre par le pronom indéfini « on », c’est donc une instance imprécise et indéterminée qui régit l’action, nousfaisons face à une absence de personnage ; le lecteur peut donc être considéré comme inclus dans ce « on » et donc pris en compte mais aussi pris à parti, forcé de suivre la description, dû notamment aussi à ce début de chapitre ex-nihilo et à la neutralité du point de vue.
La description constitue un temps de pause dans le récit ; ici nous avons à faire à un lieu encore inconnu qui sera pourla suite du roman un lieu important pour l’action et qui permet pour le moment à Aragon d’introduire par analogie un nouveau milieu social. L’emploi de l’imparfait peut alors se justifier ici par sa valeur descriptive. On retrouve, de plus, dans tout l’extrait des verbes comme « passaient », « allaient », « sortissent », « disparaissaient », « dépassait », « s’avançaient », ou « fuyait » quiportent dans leur sens propre une idée de mouvement qui donne aussi l’impression que le lecteur est emporté par la description.
Aragon amène le lecteur dans un espace « étouffant » : surplombé par une « voûte » (qualifiée de « basse »), un espace « sombre » (qualifiée de « noire »), et sale sous entendu par la présence constante des poubelles à travers l’utilisation de l’adverbe « jamais » dans laformule « ne s’en allaient jamais ». Nous avons vu que le sémantisme des verbes cités plus tôt rendent une idée de progression, la préposition « sous » indique elle que cette progression est un enfoncement. C’est cette notion d’enfoncement dans un gouffre insalubre qui m’a donné l’idée d’appeler cette partie « descente aux enfers ».
L’inversion du sujet et du verbe permet de créer par la...