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Bulletin d’analyse phénoménologique V 9, 2009 ISSN 1782-2041 http://popups.ulg.ac.be/bap.htm

La matérialité de l’imagination
Par DÉLIA POPA
FNRS – Université catholique de Louvain

Résumé Quelle est la matière propre à l’activité imaginaire ? S’il est entendu que la perception va « aux choses mêmes » moyennant des impressions sensitives et que la signification les identifie en restant videde contenu, avec quoi et en vue de quoi l’imagination opère-t-elle ? L’appartenance de l’imagination — depuis toujours reconnue par Husserl — à la famille des actes intentionnels intuitifs nous fournit l’indice que l’imagination ne saurait fonctionner sans un contenu sensible. Mais de quelle nature est-il ? Peut-on parler, dans son cas, d’un simple remplissement d’acte intentionnel, par lequelson sens spécifique est constitué ? Les approches que Michel Henry et Edmund Husserl ont eues de ces questions seront confrontées afin de dégager le spécifique de l’imagination tel qu’il se présente dans son rapport au sens de l’expérience.

Si l’on envisage le mouvement critique à l’égard de la phénoménologie qui anime la pensée de Michel Henry, on pourrait supposer qu’en un certain sens lephilosophe français a rebroussé le chemin parcouru par Husserl depuis le cadre épistémologique de la psychologie brentanienne. Là où Husserl défendait la thèse précieuse d’une corrélation a priori entre la conscience et ce qu’elle vise intentionnellement 1 , Michel Henry nous invite à prendre la mesure de leur différenciation : se détache ainsi d’une part l’immanence de la subjectivité comprise commeauto-affection et, d’autre part, le règne de l’extériorité, celui du monde où s’ek-stasient des choses et des formes visibles, des outils de la vie pratique et des connaissances objectives.
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E. Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, tr. fr. G. Granel, Paris, Gallimard/Tel, 1962, § 46, p. 180.

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En deçà de la thèse phénoménologique del’intentionnalité, Henry entend ainsi retrouver son origine invisible, que nul rapport au monde ne saurait exhiber. Cette position scindée pourrait nous inciter à penser que, de même que notre implication mondaine n’influe pas sur l’auto-affection qui nous définit chacun dans notre singularité, le domaine des effectuations subjectives a peu d’incidence sur celui du monde. On pourrait en déduire que laphilosophie henryenne a abandonné l’horizon du monde pour se consacrer entièrement à l’exploration de l’auto-épreuve primordiale et de la « matérialité phénoménologique pure » de l’auto-affection dont il souligne l’importance dans plusieurs de ses ouvrages 1 , et qui pourrait être rapprochée du domaine de la représentation brentanienne. S’il ne saurait s’agir cependant chez Henry d’un simple retour à unepsychologie des contenus sensibles c’est parce que la différenciation entre le domaine de l’apparaître et le domaine de l’auto-révélation est exigée par un mouvement qui répond à l’exigence phénoménologique de fondation du monde objectif qui a pour finalité de lui conférer et de l’aider à retrouver sa cohérence et son sens originaire, qui assurent « l’unité primordiale (…) de la réalité elle-même»2 . La différenciation entre la sphère subjective et la sphère objective peut être lue ainsi comme une conséquence immédiate du tournant transcendantal de la phénoménologie, de la perspective au sujet de laquelle Husserl notait lui-même qu’ « entre la conscience et la réalité se creuse un véritable abîme de sens » 3 . C’est donc pour rendre compte de la possibilité d’une réalité qui fait sens queson principe fondateur est dégagé avec radicalité par Henry. Afin d’atteindre le fondement de toute connaissance, il convient de se libérer du présupposé qui consiste à concevoir l’être à partir d’une phénoménalité qui se dessine indépendamment des pouvoirs de la subjectivité. C’est dans le cadre de cette critique henryenne que je voudrais introduire le problème de l’imagination, qui sera...
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