Archive du bac

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  • Publié le : 19 septembre 2010
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Séquence 5 – Bel-Ami – texte 3 (chapitre 6, de « Duroy, qui se sentait » à « Vivre, enfin, c’est mourir ! »)

[…] Duroy, qui se sentait le cœur gai, ce soir-là, dit en souriant : - Vous avez du noir, aujourd’hui, cher maître.
Le poète répondit : - J’en ai toujours, mon enfant, et vous en aurez autant que moi dans quelques années. La vie est une côte. Tant qu’on monte, on regarde le sommet,et on se sent heureux ; mais, lorsqu’on arrive en haut, on aperçoit tout d’un coup la descente, et la fin, qui est la mort. Ca va lentement quand on monte, mais ça va vite quand on descend. A votre âge, on est joyeux. On espère tant de choses, qui n’arrivent jamais, d’ailleurs. Au mien, on n’attend plus rien… que la mort.
Duroy se mit à rire : - Bigre, vous me donnez froid dans le dos.
Norbertde Varenne reprit : - Non, vous ne me comprenez pas aujourd’hui, mais vous vous rappellerez plus tard ce que je vous dis en ce moment.
Il arrive un jour, voyez-vous, et il arrive de bonne heure pour beaucoup, où c’est fini de rire, comme on dit, parce que derrière tout ce qu’on regarde c’est la mort qu’on aperçoit.
Oh ! vous ne comprenez même pas ce mot-là, vous, la mort. A votre âge, ça nesignifie rien. Au mien, il est terrible.
Oui, on le comprend tout d’un coup, on ne sait pas pourquoi ni à propos de quoi, et alors tout change d’aspect, dans la vie. Moi, depuis quinze ans, je la sens qui me travaille comme si je portais en moi une bête rongeuse. Je l’ai sentie peu à peu, mois par mois, heure par heure, me dégrader ainsi qu’une maison qui s’écroule. Elle m’a défiguré sicomplètement que je ne me reconnais pas. Je n’ai plus rien de moi, de moi l’homme radieux, frais et fort, que j’étais à trente ans. Je l’ai vue teindre en blanc mes cheveux noirs, et avec quelle lenteur savante et méchante ! Elle m’a pris ma peau ferme, mes muscles, mes dents, tout mon corps de jadis, ne me laissant qu’une âme désespérée qu’elle enlèvera bientôt aussi.
Oui, elle m’a émietté, la gueuse,elle a accompli doucement et terriblement la longue destruction de mon être, seconde par seconde. Et maintenant je me sens mourir en tout ce que je fais. Chaque pas m’approche d’elle, chaque mouvement, chaque souffle hâte son odieuse besogne. Respirer, dormir, boire, manger, travailler, rêver, tout ce que nous faisons, c’est mourir. Vivre enfin, c’est mourir !
Oh ! vous saurez cela ! Si vousréfléchissiez seulement un quart d’heure, vous la verriez.
Qu’attendez-vous ? De l’amour ? Encore quelques baisers, et vous serez impuissant.
Et puis, après ? De l’argent ? Pour quoi faire ? Pour payer des femmes ? Joli bonheur ! Pour manger beaucoup, devenir obèse et crier des nuits entières sous les morsures de la goutte ?
Et puis encore ? De la gloire ? A quoi cela sert-il quand on ne peut plusla cueillir sous forme d’amour ?
Et puis, après ? Toujours la mort pour finir.
Moi, maintenant, je la vois de si près que j’ai souvent envie d’étendre les bras pour la repousser. Elle couvre la terre et emplit l’espace. Je la découvre partout. Les petites bêtes écrasées sur les routes, les feuilles qui tombent, le poil blanc aperçu dans la barbe d’un ami, me ravagent le cœur et me crient : « Lavoilà ! »

SITUATION DU PASSAGE : Dans le chapitre V, Georges a rompu avec Clotilde, qui a découvert sa liaison avec Rachel. Il se retrouve de nouveau désargenté, puisque Clotilde lui servait de banque et sa situation, bien que meilleure qu’au début du roman, semble s’enliser. Il prend la résolution de faire cocu Forestier, mais là aussi, échoue, du moins pour l’instant… Madeleine l’encouragealors à se tourner vers Mme Walter. Qu’il n’espère pas une liaison, mais un appui. Duroy se fait inviter et fait très bon effet. Il est immédiatement nommé chef des Echos, premier service rendue par sa future maîtresse. Il est ensuite à nouveau invité chez Mme Walter. Tout en relançant l’ascension de Duroy, ce chapitre est émaillé de références discrètes à la mort, essentiellement autour de la...
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