Argentine

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N° 218 _ D ÉCEMBRE 2002

LA LETTRE DU CEPII
CENTRE INTERNATIONALES

D'ETUDES PROSPECTIVES ET D'INFORMATIONS

À LA CRISE FINANCIÈRE

L'ARGENTINE UN AN APRÈS : DE LA CRISE MONÉTAIRE
Dans les mois qui ont suivi l'abandon du currency board, l'économie argentine a été confrontée à une crise monétaire majeure menaçant la survie de la monnaie nationale. Depuis le milieu de l'année, lastratégie de pésification de l'économie décidée en février a réussi techniquement. En particulier, le ralentissement de l'inflation révèle un ajustement considérable des prix relatifs, qui devrait soutenir le développement du secteur exportateur. Les difficultés se concentrent surtout au plan financier : la manière dont la pésification a été mise en œuvre a amplifié la confusion quant à la solvabilité depresque tous les agents. Aujourd'hui il est très difficile, tant pour les épargnants, les banques que les entreprises, de mesurer la valeur de leurs patrimoines nets. Tant que l'on n'aura pas trouvé un compromis social sur le partage final des pertes, la liquidation des firmes insolvables et la resolvabilisation de l'Etat, toute reprise durable de l'investissement et de la croissance resteraimpossible.

La crise économique subie par l'Argentine à la fin de 2001 a
frappé d'abord par sa dimension monétaire : la rupture du currency board (11 janvier 2002) a été précédée d'une ruée des déposants à partir de novembre, suivi du gel des dépôts bancaires (le corralito) au début de décembre et de la mise en place d'un contrôle de change serré. Ceci a créé un choc violent sur le plan social etpolitique, mais aussi sur l'économie réelle qui a été littéralement asphyxiée : blocage du système de paiement, suspension de la quasi-totalité des contrats financiers privés et publics, destruction du fonds de roulement des entreprises, chute de la production (-15% au premier semestre 2002), poussée d'inflation (hausse des prix à la consommation de 30% sur la même période), nouvelle augmentation duchômage (25% en juin) et de la pauvreté (passée, en un an, de 35% à 52%). Dans les mois suivants, la question centrale pour les autorités portait sur la capacité de survie de la monnaie nationale, le peso. Après dix années de change fixe et de régime bimonétaire, confrontés à une instabilité majeure, les agents accepteraient-ils de se recoordonner sur la monnaie nationale ? Ou bien observerait-onun transfert rapide sur le dollar des deux principales fonctions monétaires — unités de compte et de paiement ? Dans ce cas, ne fallait-il pas anticiper une dollarisation inévitable plutôt que de laisser les arbitrages privés détruire d'eux-mêmes le peso ? Ecartant cette option, les autorités ont décidé la pésification autoritaire de l'économie et ont donc cherché à retirer au dollar lesfonctions qu'il avait reçues dans les faits et dans la

loi depuis au moins dix ans : pour résumer, les prix et les paiements ont été "rapatriés de force" sur le peso (biens, salaires, actifs, dettes, titres). Trois scénarios pouvaient alors être envisagés1 : le succès entier de la pésification et la réouverture progressive des circuits de liquidité (accès aux dépôts, levée progressive du contrôle deschanges) ; l'échec rapide suivie d'une dollarisation complète ; enfin une voie intermédiaire verrait la pésification atteindre ses objectifs immédiats, cela dans un cadre économique et financier toujours corseté par de multiples contrôles. Ce troisième cas de figure s'est désormais imposé. La pésification a réussi techniquement, l'inflation mensuelle est passée de 4,6% en moyenne au premiersemestre à 1,8% au cours des quatre mois suivants, le change s'est stabilisé autour de 3,6 pesos par dollar depuis mai et le gel des dépôts en compte courant a pu être levé au début de décembre (contrairement aux dépôts à terme). Au-delà, le budget est à peu près en équilibre et la chute de la production s'est interrompue, laissant même place à de petits éléments de reprise dans certains secteurs ;...
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