Argument sur lamour ne finit pas à la tombe

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  • Publié le : 23 avril 2011
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 L'amour peut-il être éternel ? (Une histoire de sous-bock) | |
"Qui promet à l'autre de l'aimer toujours ou de le haïr toujours ou de lui être toujours fidèle promet quelque chose qui n'est pas en son pouvoir."
Nietzsche, Humain, trop humain, art. 58.
Une des questions classiques que nous sommes amenés à nous poser à propos de l'amour est celle de savoir si celui-ci peut, ou non, êtreéternel : l'amour peut-il durer toujours ? Question apparemment difficile que, pour commencer, je voudrais remplacer par la suivante, peut-être plus simple : "Pourquoi certaines histoires d'amour durent-elles et pas d'autres ?" En effet, mon point de départ sera un constat simple et général : l'augmentation constante des divorces dans les sociétés modernes. Cette augmentation traduit le fait que l'unionde deux personnes (et surtout la pérennité de cette union) ne repose plus de façon essentielle sur des causes (des contraintes notamment) sociales, mais qu'elle découle fondamentalement des sentiments que ces deux personnes éprouvent l'une pour l'autre, sentiments que j'appellerai pour l'instant d' "amour". Comprendre le phénomène du divorce, c'est donc comprendre, en négatif, les ressorts de larelation amoureuse. L'enjeu de cette réflexion est donc le suivant : en laissant de côté le caractère individuel de toute histoire "amoureuse" (particularité qu'il serait absurde de vouloir nier), est-il possible d'expliquer la relation amoureuse d'un point de vue général ?

Le premier argument invoqué contre l'idée que l'amour puisse durer toujours est l'argument de l'usure. "Avec le temps va,tout s'en va" chantait Ferré ; comme si les sentiments devaient nécessairement subir la pâtine du temps, l'amour ne faisant pas alors exception. De l'autre côté cependant, on trouve Proust, qui nous rappelle l'expérience que nous avons tous faite un jour, d'un souvenir qui soudain resurgit avec une force dont nous ne l'aurions pas cru capable (ainsi on rencontre par hasard l'être que l'on aautrefois aimé(e) et notre coeur s'emballe comme au premier jour...). Que penser par conséquent ? L'usure est-elle réelle ou illusoire ?
Peut-être les deux points de vue sont-ils compatibles, tout simplement parce que le désaccord provient d'une mésentente. Ici, il semble que nous ne parlions pas de la même chose. Je pense en vérité, et c'est la thèse que je vais essayer de défendre dans les réflexionsqui suivent, que non seulement l'amour peut être éternel, mais qu'il doit être éternel. Plus précisément, l'amour est éternel, et les amours qui ne durent pas n'ont donc que le nom d'amour, mais n'en sont pas. Il faut en effet distinguer l'amour au sens propre, des termes qui lui sont proches et avec lesquels on pourrait le confondre. Mais il faut aussi distinguer entre elles les différentesformes d'amour. On n'aime pas ses parents comme on aime ses ami(e)s, ni comme on aime son amant(e).
Ici, je m'intéresserai essentiellement au sentiment d'amour entre deux amants (tout en utilisant la réfléxion aristotélicienne sur l'amitié), même si l'analyse reste valable pour les autres formes d'amour.
En premier lieu donc, il ne faut pas confondre l'amour et le désir. Même si l'amour implique ledésir (cette idée pourrait d'ailleurs être discutée), l'inverse n'est pas vrai. Le désir, pris absolument, désigne le désir sexuel. Il possède une dimension proprement physique, même si l'attirance physique n'entre pas seule en ligne de compte. Or, il est bien entendu fréquent d'éprouver du désir pour quelqu'un, au sens où cette personne nous attire sexuellement, sans éprouver aucun sentiment pourcette personne. Il va de soi que le désir ne saurait être éternel. En effet, il s'attache en grande partie à la beauté, laquelle est par nature éphémère (du moins en ce qui concerne les êtres vivants).
Plus importante en revanche est la distinction entre amour et passion. Traditionnellement, on oppose la passion (ou les passions) à la raison. Le propre de la passion (du latin passio, pati =...
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