Argumentation

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  • Publié le : 15 mai 2010
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Alain Rabatel
Université Lumière Lyon 2
I.U.F.M. de Lyon, ICAR U.M.R. 5191 C.N.R.S.
at.rabatel@wanadoo.fr

Idiolecte et re-présentation du discours de l’autre dans le discours d’ego

L’idiolecte a été assez peu étudié par les linguistes, davantage par les créateurs et les critiques littéraires, à travers la notion de style  — à l’instar de ce qui s’est produit avec lediscours indirect libre ou avec le monologue intérieur, ainsi que le rappelait Bergounioux  et
 — ce qui a infléchi sa problématique. Tout le monde repère des singularités dans la parole des autres (ou dans la sienne, pour peu qu’on l’objective), base inépuisable de pastiches ou de parodies qui complexifient la question de la « signature » de ces « styles d’au- teur », puisquele locuteur ne correspond pas à l’énonciateur censé les prendre en charge (Dereu ) .
Si, comme dit Marx, la preuve du pudding, c’est qu’on le mange, alors l’idiolecte mérite un nouvel examen, car les critiques structu- ralistes ou communicationnelles de l’idiolecte pointent sur la dif- ficulté de donner consistance à la notion et en disent autant sur les limites de leursapproches respectives de la langue []. C’est pourquoi on proposera une approche énonciativo-interactionnelle de l’idiolecte comme re-présentation d’un idiolecté (celui qui fait

. La similitude des problématiques n’est pas un hasard, puisque idiolecte et style sont confrontés à l’expression de la subjectivité et aux difficultés d’une linguistique de la parole, ou d’une linguistiquedescriptive, dont Rastier  :  soulignait qu’elle « inquiétait » parce qu’une « linguistique différentielle, homologue de la psychologie différentielle, reste inconcevable pour les linguistiques universelles qui tiennent encore le devant de la scène académique ». Faute de place, nous ne traite- rons pas ici du style (Détrie , Neveu ), qui fait l’objet de deux publicationsconjointes (Rabatel a, b).
. Ce pourquoi la critique d’attribution (tout comme l’expertise picturale) préfère recourir aux données périphériques, notamment celles relatives à la biographie.

l’objet d’un traitement idiolectal) par un idiolectant — les deux rôles pouvant certes être assumés par une même instance, mais gagnant néanmoins à être distingués d’un pointde vue fonction- nel et interprétatif. Dans le cadre d’une approche moniste, on déga- gera quelques caractéristiques de ce qui fait idiolecte à partir de la re-présentation en idem (Ricœur ) de l’idiolecté, réduit à un certain nombre de traits linguistiques plus ou moins reconnais- sables et de manières de voir encyclopédiques soumises au même processus de typicité que les traitslinguistiques []. La dimen- sion interactionnelle de l’idiolecte permet de rendre compte de ses re-présentations continues ou discontinues, verbo-analytiques ou objecto-analytiques, singularisantes ou classifiantes, selon l’image que l’idiolectant se fait de l’idiolecté, image elle-même profondé- ment dépendante des motivations cognitives, symboliques et inter- actionnelles del’idiolectant [].

. L’idiolecte écartelé entre langue et parole, communication et expression

L’idiolecte fait système, en sociolinguistique, avec les sociolectes et dialectes, mais son contenu intrinsèque, tout comme ses relations à ces derniers, restent problématiques. Ducrot et Todorov  :  rappellent que du point de vue structuraliste, l’idiolecte a un carac- tère aporétique,car « il est absurde de parler de langage individuel ». Rapporté au code, l’idiolecte appartiendrait à l’extra-linguistique. C’est ce que semble indiquer le raidissement de la dernière défini- tion de Gadet , par rapport à celle de La grammaire d’aujour- d’hui : l’idiolecte n’est plus défini comme « l’ensemble des particula- rités de l’usage linguistique d’un individu » (Arrivé, Gadet...
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