Art de jouir

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JULIEN OFFROY DE LA METTRIE

L’Art de jouir

ÉDITIONS DU BOUCHER

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JULIEN OFFROY

DE

LA M ETTRIE

Et quibus ipsa modis tractetur blanda Voluptas. Lucrèce

Plaisir, Maître souverain des hommes et des dieux, devant quitout disparaît, jusqu’à la raison même, tu sais combien mon cœur t’adore, et tous les sacrifices qu’il t’a faits. J’ignore si je mériterai d’avoir part aux éloges que je te donne ; mais je me croirais indigne de toi, si je n’étais attentif à m’assurer de ta présence, et à me rendre compte à moi-même de tous tes bienfaits. La reconnaissance serait un trop faible tribut, j’y ajoute encore l’examen demes sentiments les plus doux. Dieu des belles âmes, charmant plaisir, ne permets pas que ton pinceau se prostitue à d’infâmes voluptés, ou plutôt à d’indignes débauches qui font gémir la Nature révoltée. Qu’il ne peigne que les feux du fils de Cypris, mais qu’il les peigne avec transport. Que ce Dieu vif, impétueux, ne se serve de la raison des hommes que pour la leur faire oublier ; qu’ils neraisonnent que pour exagérer leurs plaisirs et s’en pénétrer; que la froide Philosophie se taise pour m’écouter. Je sens les respectables approches de la volupté. Disparaissez, courtisanes impudiques! Il sortit moins de maux de la boîte de Pandore, que du sein de vos plaisirs. Eh! que disje ! de plaisirs! En fut-il jamais sans les sentiments du cœur ? Plus
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L’ART

DE JOUIR

vous prodiguezvos faveurs, plus vous offensez l’amour qui les désavoue. Livrez vos corps aux satyres; ceux qui s’en contentent, en sont dignes; mais vous ne l’êtes pas d’un cœur né sensible. Vous vous prostituez en vain, en vain vous cherchez à m’éblouir par des charmes vulgivagues ; ce n’est point la jouissance des corps, c’est celle des âmes qu’il me faut. Tu l’as connue, Ninon, cette jouissance exquisedurant le cours de la plus belle vie ; tu vivras éternellement dans les fastes de l’amour. Vous, qui baissez les yeux aux paroles chatouilleuses, précieuses et prudes, loin d’ici ! La volupté est dispensée de vous respecter, d’autant plus que vous n’êtes pas vous-même, à ce qu’on dit, si austères dans le déshabillé. Loin d’ici surtout race dévote, qui n’avez pas une vertu pour couvrir vos vices!Belles, qui voulez consulter la raison pour aimer, je ne crains pas que vous prêtiez l’oreille à mes discours, elle n’en sera point alarmée. La raison emprunte ici, non le langage, mais le sentiment des Dieux. Si mon pinceau ne répond pas à la finesse et à la délicatesse de votre façon de sentir, favorisez-moi d’un seul regard; et l’amour qui s’est plu à vous former, qui s’admire sans cesse dans le plusbeau de ses ouvrages, fera couler de ma plume la tendresse et la volupté, qu’il semblait avoir réservées pour vos cœurs. Je ne suivrai point les traces de ces beaux esprits, précieusement néologue et puérilement entortillés; ce vif troupeau d’imitateurs d’un froid modèle glacerait mon imagination chaude et voluptueuse; un art trop recherché ne me conduirait qu’à des jeux d’enfant que la raison...
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