Art et histoire

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  • Publié le : 12 décembre 2010
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Technique et esthétique ? Que penser de cette question ? Sa formulation abrupte est-elle liée à une épreuve obligatoire de philosophie au programme d’un concours interne à une caste de lettrés ? Une bonne note permettrait-elle d’accéder au grade supérieur dans le cursus honorum d’une bureaucratie universi taire, à défaut d’être « céleste » ? Si tel est bien le cas, nul doute que cette épreuvesoit conçue pour marginaliser tous ceux dont les bases théoriques, fragiles ou lacunaires, vacillent et flottent entre des concepts dont le maniement n’est pas nécessairement le point fort.

2De cette intuition, est-il abusif de déduire qu’à moins de vouloir prendre des risques inconsidérés, le candidat non philo sophe, inquiet de cette invitation à une partie de trapèze volant avec Adorno, auratout intérêt à se glisser dans le moule préformé de la dissertation traditionnelle, offrant son plan dialectique en trois parties (thèse, antithèse, synthèse) comme filet de sécurité.

3L’introduction sera sobre et mesurée. Elle se limitera pour l’essentiel à la définition des deux termes (prévoir quelques recherches rapides dans un bon dictionnaire de langue, dans un dictionnaire philosophique etdans l’Encyclopédia Universalis). Sou ligner d’emblée la complexité du sujet, ainsi que l’abondance d’analyses et de commentaires, souvent contradictoires, qu’il a générée. L’introduction s’achèvera sur une interrogation naïve : quid de l’art dans cette affaire ? Inutile d’annoncer le plan, cette précaution signe trop un esprit scolaire. Passer sans attendre à la première partie.

4Elles’ouvrira sur une description très légèrement apocalyp tique, dont la technique en majesté constituera le thème central. Sa toute-puissance, son omniprésence, son impérialisme, son emprise sur le territoire, sur la vie physique et psychique de l’homme, le dopage constant que la science lui assure – feront l’objet d’une affirmation massive et peu nuancée. Le tableau comportera inévi­tablement un volet surles nouvelles technologies de l’information et de la communication dont la familiarité apparente ne résorbe pas « l’inquiétante étrangeté ». (Sur les bouleversements et les mutations, avérées ou encore imprévisibles, dont elles sont grosses, puiser à pleines brassées dans Virilio). Ayant réussi à li quider la nature (reprendre ici l’image frappante de Bernard Stiegler : nous continuons à désignersous le vocable de vache ou de betterave des objets techniques conçus dans des ateliers qui ressemblent beaucoup à la nature), la technique n’est-elle pas en mesure, en passe, ou n’a-t-elle pas déjà liquidé aussi l’esthétique, après avoir peut-être absorbé l’art puisqu’il ne figure déjà plus au générique ? Ne nous dit-on pas d’ailleurs (rester vague sur le « on ») que, depuis longtemps déjà l’artne survit à sa mort plu­sieurs fois annoncée que grâce à une perfusion ininterrompue et lourdement dosée d’esthétique ? La première partie s’achèverait ainsi, sous un ciel bas et lourd de nuages de synthèse, par une in terrogation volontairement dramatisée, formulée avec toute la gravité requise par les docteurs de l’âme souffrante et des esprits malades au double chevet de l’art et de l’esthétiqueagonisants.

5Avant de passer à la suite, il n’est pas interdit d’échanger cette sombre atmosphère de Götterdammerung contre une ambiance plus légère. La remémoration d’une visite que firent ensemble Fernand Léger, Brancusi et Marcel Duchamp au Salon d’Aviation de 1913 pour rait alors convenir. Selon Léger, alors qu’ils se promenaient tous les trois au milieu des moteurs et des hélices, Marcell’aurait apos trophé en ces termes : « C’est fini la peinture. Qui peut faire mieux que cette hélice ? Dis, tu peux faire ça ? » La transition avec ce qui suit serait certainement facilitée par l’évocation d’une telle anecdote.

6La seconde partie s’efforcera en effet de créer une circulation d’air là où la première s’était employée à accumuler des affirmations massives, unilatérales et...
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