Arts plastiques

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 5 (1090 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 7 juin 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Karel Appel
Enfant interrogeant, 1948, relief de bois cloutés sur panneau de bois, peinture à l’huile, 85X56cm.

Sur un fond noir, des traces rouges semblent être tracées « à la va-vite » des graffitis sauvages sur un mur de palissade urbain.
On se rapproche. Tout est peint. Tout est recouvert. De la couleur initiale de la planche, on ne sait rien. Maintenant, elle noire. Les graffitis quila recouvrent presque entièrement laissent cependant des zones libres. Pas n’importe où : le fond noir est apparent en particulier sur les contours, au niveau des bords du cadre. Le noir a donc une fonction, il isole l’image à l’intérieur d’un espace, à l’intérieur d’un champ. Ne nous trompons plus, il ne s’agit pas d’un dessin de rue prélevé d’un ensemble plus étendu.

Mais, quelle image ? Destraces rouges et blanches se révèlent immédiatement tant par la puissance chromatique que par le contraste avec le noir. Elles se détachent, elles font « figures » sur un fond.
Pour autant, tout ne se détache pas complètement du fond.
Les traces rouges, oui : elles sont lignes, elles sont contours, elles sont formes. Elles recouvrent le fond, certes, mais elles ont une fonction. Ellesdésignent, elles « figurent ». Formes-signes de têtes, de bras, de mains et de corps.
Les traces blanches, non : elles ne désignent pas de manière évidente quelque chose de repérable. Elles se distinguent du fond mais si elles appartiennent aussi au même plan des figures tout se rapportant aussi au fond. Compliqué. Le blanc crée une articulation entre les formes avec qui il est en contact et il créeune articulation avec le fond avec qui il partage cette fonction de ne rien désigner d’autre.

Une image de quoi ? On lit « image » car, rapidement les traces rouges sont repérées comme des signes – « enfantins » ou « primitifs » – définissant des figures humaines. Graphisme simple, formes élémentaires. Ces figures humaines se touchent par un trait ou par une couleur. Elles se répondent aussi pardes analogies plastiques : traitement à peut près identique avec des variantes certaines.
Autre point commun qui unifie ces formes : l’espace bidimensionnel. Pas d’effet de perspective, ici l’espace est plat, bidimensionnel, accentué par « l’encadrement noir » du fond/cadre.

Un espace rempli en son centre. Seulement du remplissage ? Peut-être pas. Zones vides et zones pleines répartissentles figures. Comme on l’a vu, les formes, tantôt isolées du fond s’articulent entre elles soit par le blanc, soit par les lignes. Espaces organisé, donc.

Dans un tableau, des figures rouges sont tracées sur un fond noir.
On se rapproche encore. Tout est peint. Mais tout n’est pas que peint. Tout est plat dans l’espace traité mais tout n’est pas plat dans l’espace plastique de l’œuvre. Desreliefs de bois s’opposent à la planéité traditionnelle du « support tableau ».
On ne les avait pas remarqués. Piège : ces reliefs sont intégrés. Ils ne tiennent pas que par des clous invisibles, ils tiennent surtout par leur intégration plastique. Même couleur, même graphisme, même style de signes. Contrastes et similitudes. En voici d’autres.
On s’approche encore. D’autres couleurs apparaissent.Ici, du jaune. Tout aussi primaire que le rouge, tout aussi instance. Là, du violet. « Classique » : le jaune et le violet, complémentaires, vont faire vibrer encore plus les couleurs. Violence. Vibration. Comme ces petites touches de vert venant irriter le rouge.
Et, comme pour créer un rythme dans les forces vibratoires des couleurs, Karel Appel tempère certaines couleurs : on passe du rougeà l’orangé, du violet pur au violet clair, du jaune primaire au jaune presque blanc. Des couleurs avances, des couleurs reculent, d’autres semblent immobiles. L’espace n’est donc pas vraiment bidimensionnel. Ses reliefs et ses couleurs jouent dans d’autres dimensions. Celles de la sculpture et celle de la musique.

On recule. Pour mieux voir. E nous n’avons plus affaire à une « image » !...
tracking img