Aspects culturels du comportement mafieux

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  • Publié le : 27 octobre 2009
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Les aspects culturels du comportement mafieux
Dominique Lebleux[1]

L’analyse du comportement individuel dans le cadre de la criminalité organisée donne peu de recherches, alors qu’il y a profusion pour la criminalité ordinaire[2]. Les questions que l’on peut se poser sont : les criminels ont-ils le même profil, les mêmes motivations ; quelle est la part de l’influence de l’organisation surle comportement ?
On remarque certaines analogies. Dans le contexte de la mafia sicilienne, les auteurs – historiens, criminologues, sociologues – assignent une place prépondérante à l’influence de l’environnement culturel. Dans le cadre de la criminalité ordinaire, les sociologues mettent l’accent sur l’influence significative des origines sociales et familiales. Le profil lui, comporteanalogies et différences. Certains tueurs de la mafia présentent le même profil psychologique que les psychopathes ordinaires ou les tueurs en série. Cependant leur comportement semble davantage influencé par l’organisation (ils sont les soldats, au service de l’organisation, doivent respecter règles, discipline, hiérarchie) que par les circonstances.
Quant aux économistes, s’ils ne sous-estiment pasl’influence de paramètres sociaux, ils leur attribuent toutefois moins d’influence. Pour eux ces données ne sont que des variables que l’individu va traiter mentalement afin de rationaliser son action criminelle. Là intervient une différence fondamentale : chez les sociaux-culturalistes l’environnement est déterminant, l’individu est donc sous influence, il agit de façon semi-consciente parcequ’il a en partie intériorisé certaines normes et valeurs qu’il va reproduire ; alors que pour les économistes, l’homme conserve son libre-arbitre, il est pleinement conscient de ses actes, puisqu’il est perçu comme un calculateur de coûts et profits.
On repère donc dans le premier groupe d’auteurs, une référence holiste : le comportement déterminé par les structures sociales et l’environnement.Dans le second groupe, les économistes se réfèrent à la psychologie cognitive qui considère que l’homme raisonne et agit de façon logique[3]. Toutefois les psychologues cognitifs s’éloignent des économistes en ce qui concerne l’appréhension de la criminalité. Pour eux, les activités déviantes ou pathologiques sont la conséquence d’un dysfonctionnement du traitement des informations, alors que pourles économistes elles sont le fait d’une action raisonnée et logique.

I. ASPECTS ÉCONOMIQUES

P. Fajnzylber et al. (1998) font état des recherches sur les analyses économiques de la criminalité[4]. Ils montrent que l’analyse du comportement criminel se réfère à la théorie économique de l’agent rationnel[5]. Le délinquant est pour eux un individu qui agit en fonction du calcul des profits (desdélits) et des coûts (amende, prison, durée de peine). C’est à dire que les individus n’agissent que si l’avantage prime sur les conséquences de leur acte. Les chercheurs cités partagent la vision du criminel comme individu rationnel, mais ne sont pas toujours d’accord sur l’influence (positive ou négative) des paramètres incitatifs. La faiblesse à remarquer dans cet article concerne lapertinence des comparaisons. En effet, on peut s’interroger sur les conclusions issues de comparaisons de données issues de différents types d’enquêtes (dont certaines sont citées, d’autres non), avec parfois jusqu’à 20 ans de distance[6].

1. Les paramètres économiques et sociaux

Les travaux retiennent les variables suivantes, incitant à commettre un délit : le niveau de revenu du délinquant, leniveau de revenu de la victime, les inégalités sociales, le niveau d’éducation, les rôles de la répression policière, de la sanction, de l’arrestation, de l’environnement social.

Fleisher (1966) et Ehrlich (1973) mettent l’accent sur les niveaux de revenu du délinquant et de la victime ainsi que les inégalités sociales. Ils se contredisent à propos du niveau de revenu légal du délinquant,...
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