Assia djebar femmes d'alger dans leur appartement

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  • Publié le : 20 août 2010
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CASSIM Dina
FR855

La femme algérienne déchirée entre deux mondes dans Femmes d’Alger dans leur appartement d’Assia Djebar.


«L'identité n'est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l'existence.» disait Amin Maalouf dans Les identités meurtrières. Assia Djebar, écrivaine algérienne a tenté de définir à travers son œuvre cette nouvelle «identité » de l’Algérie qui semble s’être brouillée après la colonisation. Pays limitrophe, entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe, il semble comme s’être renfermé sur lui-même. Assia Djebar partagera sa vie entre son pays natal où elle vivra toute son enfance et la France où elle fera ses études. Tout au long de son œuvre féministe, elle se battra afin de donner la parole à ces femmes de l’ombre des paysarabes. Femmes d’Alger dans leur appartement est un recueil de nouvelles dont le principal sujet est la femme algérienne moderne ou ancienne, traversée par un déchirement entre une histoire et un présent, entre une culture orientale et occidentale. Comment l’auteur montre que le personnage féminin se retrouve à la frontière de deux idéologies, deux modes de vie ? Assia Djebar va jouer avec lesmétaphores, les motifs récurrents qui présenteront tous deux faces contraires d’une même réalité. Tout d’abord avec une dichotomie de l’ombre et de la lumière, représentant l’obscurantisme face à l’espoir et le renouveau. Ensuite en définissant une limite spatiale entre le harem et plus généralement les espaces clos comme lieux de liberté d’expression contrairement à la ville qui est lieu de prison.Enfin, en redéfinissant ce qui sépare l’homme de la femme, la maternité et la stérilité et ainsi la soumission et l’indépendance.

L’écriture d’Assia Djebar dans « Femmes d’Alger dans leur appartement » est teintée d’un univers topique de la couleur et de la peinture, qui est d’ailleurs à l’origine du titre de son ouvrage. La dichotomie qui parcourt tout le roman et qui se traduit par une dualitéentre l’ombre et la lumière représente de manière métaphorique certes, mais explicite, ce déchirement des femmes algériennes entre deux modes de vie et deux continents depuis la colonisation, qui ont influencé leur « égarement » dans cet espace frontalier.
Ce jeu d’ombre et de lumière se retrouve tout au long des nouvelles dans une opposition perpétuelle du jour et de la nuit. En effet, laclarté du jour représente l’exposition. Tout est alors « mis en lumière » et on ne peut plus rien cacher, ni ses idées ni son corps. Dès l’ouverture du recueil de nouvelles, Djebar nous plonge dans cette dualité : « Femmes d’Alger nouvelles qui, depuis l’indépendance, circulent au-dehors plus nombreuses, qui, pour franchir le seuil, s’aveuglent une seconde de soleil, se sont-elles délivrées –noussommes-nous délivrées – tout à fait du rapport d’ombre entretenu des siècles durant avec leur propre corps ? » (Djebar, 2002 : 9) avant de terminer cet incipit par ces mots « je souhaiterais qu’il soit comme une lampe sur ce seuil, pour éclairer la solidarité de toute parole féminine, notre survie ». (Djebar, 2002 : 11) Ce qui est essentiel pour l’émancipation de la femme algérienne selon l’auteur estde mettre des mots sur les souffrances, ne pas se taire, ne pas se voiler. Et cette liberté de s’exprimer ne peut se faire qu’en plein jour, en pleine lumière et aux yeux de tous pour pouvoir créer quelque impact sur les mœurs. Un épisode nous en donne une démonstration explicite : il s’agit du dialogue entre Sarah et Anne dans la nouvelle Femmes d’Alger dans leur appartement. « Celle qui parleraconte-t-elle l’autre aux yeux dévorants, à la mémoire noire ou décrit-elle sa propre nuit, avec des mots torches et des bougies dont la cire fond trop vite ? Celle qui regarde, est-ce à force d’écouter, d’écouter et de se rappeler qu’elle finit par se voir elle-même, avec son propre regard, sans voile enfin… » (Djebar, 2002 : 122) Ce passage pourrait donc susciter deux interprétations non pas...
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